La nuit de navigation vers Rimatara a plutôt été exécrable. On dirait que ce fichu mal de dos ne veut pas me laisser de répit. Malgré les anti-inflammatoires, malgré les anti-douleurs. Il me reste une carte : un anti-douleur ultra-puissant à la codéine prescrit en cas de rage de dents. J’hésite grandement à l’utiliser mais ce sera peut-être nécessaire.

Je suis donc déjà debout quand avant 5 heures, Rémi passe dans le dortoir comme d’habitude. Nous arrivons à Rimatara, la plus petite des îles habitées de l’archipel des Australes. La terre, enfin ! Et c’est une île en effet petite et au relief doux qui se dévoile au soleil levant. Avant de prendre le petite-déjeuner, je me précipite au point le plus haut du navire pour avoir une vue des manoeuvres de débarquement des marchandises car il n’y a pas de jetée à Rimatara. Les conteneurs et les passagers doivent utiliser de grandes barges à moteur. Est-ce que je vais débarquer à Rimatara ? Mais certes ! Il faudra juste attendre 7h30 pour que les passagers qui le souhaite puissent emprunter une barge. M’y voilà donc avec l’autre Européen, Gigi et sa copine Florence, toutes deux viennent des Australes mais résident à Tahiti. Elles sont en vacances et ont décidé de prendre le Tuhaa Pae exprès pour voir Rapa qu’elles ne connaissaient pas encore. Elles me proposent toutes les deux de les accompagner pour la visite de l’île… et ce sera Rémi qui sera notre guide ! Eh oui, Rimatara est son île préférée et il s’est proposé de nous montrer les beautés de son bout de terre. Mais avant d’aller l’explorer, nous allons traverser un écran de fumée. Un processus qui s’applique à toute nouvelle personne qui débarque sur l’île, que ce soit par le bateau ou en avion. Il s’agit d’une forme de protection contre les nuisibles… et on dirait que ça marche vu que le rat noir, une plaie en Polynésie, n’a pas réussi a s’incruster ici.

La première impression de Rimatara, celle d’une grande douceur, se vérifie. En passant par la « capitale » (il y a 3 villages), on croise de jolies maisons coquettes et fleuries et pas une maison qui n’a pas son buisson de tiare Tahiti, la fleur qui parfume le monoï. Rémi n’hésite pas d’ailleurs en nous en cueillir pour chacune. L’intérieur de l’île est verdoyant, rempli d’arbres fruitiers comme le pamplemoussier, le citronnier, le papayer, le noni ou le litchi. On y trouve aussi énormément de bananiers, de cocotiers et bien sûr, le tubercule roi des Australes : le taro, cultivé dans des tarodières, de grands espaces bien dégagés où la partie aérienne du taro offre des rangées toutes vertes sur fond de fleurs et de cocotiers. D’ailleurs, nous allons monter sur le point culminant de l’île (80 mètres, easy game) à la récolte de quelques pamplemousses qui restent après la saison. Les arbres sont déjà prêts pour la production suivante, certains sont déjà remplis de boutons de grosses fleurs et odorantes. Un peu plus loin, nous allons nous arrêter pour récolter quelques piments. C’est cette exubérance et l’abondance de la nature qui me fait toujours chaud au cœur quand je suis sous les tropiques. Un rien pousse en moins de temps qu’il ne faut pour le dire !

Baie des Vierges et Baie de Mutuaura, plages de rêves à Rimatara

Rémi nous emmène ensuite vers la plus belle plage de l’île : la Baie des Vierges, Elle ressemble vraiment beaucoup à des calanques. C’est une suite de jolies criques, bien abritées, aux eaux turquoises, au sable blanc, avec des cocotiers et pins pour faire de l’ombre… Un endroit de rêve ! Et pas un chat, sauf nous ! D’étranges formations coralliennes créent une espèce de piscine, le Bain des Vierges, qui a donné son nom à la plage.

Nous sommes ensuite conduites vers une autre plage, la baie de Mutuaura, en face d’un motu où nous pensions trouver des ura, les perruches rouges endémiques de Rimatara mais apparemment, elles fuient l’endroit le matin et ne reviennent que l’après-midi. Nous ne les verrons pas, ce qui ne nous empêchera pas de déguster une bonne noix de coco et d’énormes quartiers du meilleur pamplemousse que j’ai jamais mangé de ma vie.. Rémi soupire… « Il ne faut pas grand chose ! Un pamplemoussier, un citronnier, y’a le poisson, un cocotier bien sûr… ». Baloo ne l’aura pas mieux dit lui-même : il en faut peu pour être heureux et on dirait que Rimatara a trouvé la recette du bonheur tranquille.

Artisanat et culture à Rimatara

Mais de quoi vivent les Rimatara, finalement ? Pas de tourisme, en tout cas. Il n’y a que deux pensions sur l’île et bien qu’il y ait un aéroport depuis 2006, Rimatara reste largement méconnue. Ce qui fait évidemment partie de son charme. Pourtant, le potentiel est là avec ses jolies plages. C’est l’agriculture qui est la principale ressource de l’île avec les arbres fruitiers; le taro et surtout, la noix de coco récoltée pour en faire du coprah qui sera utilisé pour faire de l’huile destinée à de multiples usages. Une huile qui sert à faire le monoï, cette huile de beauté dont le parfum de tiare Tahiti (la fleur que l’on laisse macérer dans l’huile) suffit à vous transporter en Polynésie rien qu’en la reniflant. C’est justement dans un des centres d’artisanat que je vais trouver le monoï de Rimatara, le monoï rouge qui fait « griller au soleil ». Un monoï à la consistance particulièrement soyeuse comparé aux autres. A côté de ça, il y a LA grande spécialité des Ausyrales :le tressage des feuilles de pandanus séchées. De Rimatara à Rapa, c’est une des occupations Numéro 1 des femmes.

Avant de rentrer, nous allons nous arrêter au cimetière de Amaru. Sa particularité ? C’est là que son enterrés les derniers rois et reines de l’île.  Les Tombes des rois et reines Tamaeva de Rimatara se dressent toutes blanches dans le cimetière. Ce sont des simples pierres mais de grandes tailles, qui dominent toutes les autres tombes. C’est que Rimatara fut l’île de Polynésie qui gardât une monarchie (jusqu’en 1901) avant que la France n’en prenne complètement le contrôle.

Un adieu spectaculaire

De retour au point d’embarcation, sous le soleil de l’après-midi, l’eau qui entoure Rimatara a pris une teinte que je n’avais encore jamais vue à une mer ou un océan : le bleu roy ! Ce bleu est tellement franc qu’il en fait mal aux yeux et hypnotise à la fois. Je regarde à nouveau le ballet des marins qui ramène les conteneurs sur le Tuha’a Pae. Il sont carrément perchés dessus pendant le transport sur la barge ! Je suis prise entre appréhension pour et admiration. Pendant qu’un marin resté à bords manoeuvre la grue du navire qui vient saisir et déposer ces morceaux légos géants, je m’éclipse pour ne pas les distraire.

Quand nous quittons Rimatara, le soleil se couche derrière de gros voiles gris. Je suis restée longtemps après le dîner, seule à la poupe du navire pour profiter du spectacle. Je quitte cette île avec bien peu de chance de la revoir un jour. C’est un adieu que je fais à ce petit caillou attachant qui s’éloigne inexorablement. J’ai un pincement au cœur.

Mais Rimatara fera en sorte que cette brève rencontre restera toujours dans ma mémoire. Alors que je remonte avec mon ordi le bras, le soleil n’avait pas dit son dernier mot ! Par quelques petits trous dans les nuages, il lance ses rayons qui semblent partir de derrière l’île, lui donnant une aura mercurochrome qui éclaire l’océan devenu violet.

Petite Rimatara, même sans çà, je me serai toujours souvenue de toi !

Pour aller plus loin

Comment aller à Rimatara

Deux solutions :

L’avion : prendre un vol de Air Tahiti depuis Tahiti (3 par semaine) ou Rurutu (2 par semaine).

Le bateau : pour les plus aventuriers, le Tuha’a Pae IV venant de Tahiti s’y arrête en début de rotation (2 nuits de navigation). Vous pouvez soit y faire escale pour repartit en fin d’après-midi ou y rester mais dans ce cas là, vous devrez soit reprendre l’avion vers Tahiti ou Rurutu ou attendre deux semaines pour reprendre le bateau vers Rurutu car le Tuhaa Pae ne s’arrête rarement là sur le chemin du retour vers Tahiti.

En pratique :

Il n’y a pas de location de voiture mais l’île se parcourt facilement en vélo.

Pas de banque, ni de distributeur de billets sur l’île. Prévoyez du liquide.

Aimez et partagez