Le premier jour complet sur le Tuhaa Pae IV vous jette tout de suite dans les bras du Pacifique puisque c’est un jour de mer. Epuisée par la chaleur et le décalage horaire, je n’avais pas tardé à m’endormir la veille alors qu’il était à peine 21h. Je prends le rythme du bord, si l’on peut dire. Malgré le bruit des moteurs (vive les boules Quiès !), malgré la lumière qui reste allumée de jour comme de nuit dans le dortoir (vive le masque occultant!).

Réveillée une première fois à 1h du matin, j’étais montée sur le plus haut des ponts, pensant observer les étoiles mais c’est peine perdue ! Sachez qu’une navire est éclairé de tous ses feux et que c’est un des pires endroits pour un.e astronome amateur.e. Un paradoxe quand on sait que nous sommes à des miles de toute autre pollution lumineuse que nous-même. Dépitée, je retourne au dortoir pour essayer de me rendormir.

A 4 heures du matin, l’odeur de la cuisine me tire de ma torpeur. Je suis réveillée depuis une heure au moins mais j’essaie de somnoler malgré tout. La journée sera déjà longue comme çà. Un peu avant 6 heures (un luxe, les autres jours, ce sera plutôt 5 heures), j’entends une voix à travers mes bouchons d’oreille. C’est Rémi, le cuistot, qui nous prévient que le petit-déjeuner nous attend. Rémi, il m’a pris mon affection, on dirait. Son discret sourire et sa sollicitude me touchent… d’autant plus que cette journée se passe comme si j’étais dans un état second. Tout avait pourtant bien commencé. Après mon petit-déjeuner, j’étais montée sur le pont prendre l’air. Autour de moi, rien que le bleu marine de la mer, l’azur du ciel, le blanc de l’écume et des nuages et rien d’autre. Pas un atoll, pas un caillou, rien ! J’essaie de m’imaginer comment les anciens Polynésiens sont arrivés jusqu’ici pour la première fois, sur leur pirogues chargées de plantes, d’animaux et des leurs. Nous, nous savons où nous allons mais les premiers à explorer cette zone du Pacifique n’en avaient aucune idée. Avec juste leurs sciences du vent, de la mer, des nuages et des étoiles, ils pouvaient se diriger mais trouver ces îles perdues dans ce désert bleu sans savoir où il y en auraient ni quand il en trouveraient, cela demande une sacrée dose d’audace !

Prise d’un coup de fatigue, je retourne vers le dortoir pour faire une sieste (et dire qu’il n’est que 7h30). Je pensais être bercée par le roulis des vagues et m’assoupir un peu mais catastrophe : j’ai un début de mal de mer ! Pas celui qui vous donne envie de rendre tout votre petit-déjeuner et le dîner de la veille, non… Le genre qui vous flanque un mal de tête pénétrant qui ne vous quitte plus. J’essaie tant bien que mal d’essayer de dormir mais mon corps a décidé de ne pas me laisser de répit : ce sera le mal de dos qui se manifestera pour m’empêcher de sombrer dans l’oubli. Peut-être est-ce mieux ainsi ? Ça m’empêche de me repasser en boucle la scène des dernières minutes de Caïpi chez le vétérinaire et ça fait des jours que je ne fais que revivre ce cauchemar.

Pendant que l’équipage s’affaire, les passagers eux, somnolent comme moi ou lisent. Il n’y a que Mamie Odette, qui vient de Rapa, qui s’occupe en tressant des fleurs en feuilles de pandanus séchées et deux petites filles qui jouent dans le dortoir. Tout le monde essaie de faire en sorte que la journée passe plus vite en dormant. Je ne verrais même pas l’unique autre Européen. Il dort en cabine et doit sans doute soigner un mal de mer puisqu’il était invisible à l’heure des repas.

Un drôle d’horaire d’ailleurs puisque le déjeuner est servi à 10h30 et le dîner à 16h30. Un rituel s’installe pour moi en fin d’après-midi. Après avoir débarrassé mon plateau, je m’installe au plus près de la porte (et surtout de la prise de courant) et écrit. C’est un poste idéal pour ça, l’ordi posé sur la longue table qui court tout le long de la paroi du réfectoire, face à l’océan, et dans la direction du soleil. Evidement, aucune connexion internet Je ne pouvais pas rêver mieux pour coucher toutes mes aventures sur écran. Ma seule distraction ? Sortir de temps en temps pour en prendre plein les yeux au moment du couchant, le temps de regarder les derniers rayons du jour miroiter sur l’eau. Ce moment magique où la paix semble descendre sur le monde.

Après le coucher du soleil, tout le monde déserte le réfectoire, sauf moi qui m’attarde à regarder un film ou une série (téléchargés au préalable). A 20h30 au plus tard, tout le monde à rejoint sa cabine et son dortoir et c’est la longue nuit qui commence sur le bateau. Après une douche, je lis un ou deux chapitres, bien calée dans mon sac de couchage et me laisse bercer par le mouvement du bateau. Bientôt, mes paupières se ferment. Une fois, deux fois, trois fois. J’abandonne le chapitre en cours, baisse mon masque et ne tarde pas à sombrer dans le sommeil.

Demain, nous verrons notre premièr petit bout de terre.

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