Ca y est ! La marine d’eau douce a enfin rejoint son port : Raivavae, la perle des Australes et peut-être bien même de toute la Polynésie. Tous ceux qui la connaissent vous diront que Raivavae, c’est Bora Bora il y a 50 ans. Du moins c’est ce que tout le monde m’a dit à bord alors te dire Lectrice, Lecteur que mes attentes étaient grandes, c’est un euphémisme.

Malgré une nuit de sommeil pas trop mauvaise, j’ai de la peine à sortir de mon sac de couchage. A moitié réveillée à 3h30, j’ai bien senti le gros moteur qui se coupait quelques instant plus tard, signe que nous arrivions. Le temps de s’engager dans une passe à travers le lagon qui entoure Raivavae, et le Tuha’a Pae IV sera à destination. Comme tous les matins depuis que je suis sur le bateau, je file sur un des ponts pour découvrir le paysage qui s’offre à moi : sous un ciel un peu gris, Raivavae se révèle montagneuse et belle comme une promesse. On ne m’aurait pas donc abusée !

Au revoir, Tuha’a Pae IV

A la cafétéria, on sent que c’est la fin des haricots : plus de baguette, que les Polynésiens ont adopté avec passion, je dois me contenter de biscuits salés pour le petit-déjeuner avec l’habituel café soluble (pas mon meilleur souvenir de cette traversée). Pas grave mais je me sens toute bizarre quand je remballe mon duvet, réunit mes affaires et regarde ma couchette bien propre et vide. Un/e autre prendra ma place, probablement pour la prochaine rotation depuis Tahiti. Je fais mes au revoir à l’équipage. A Gigi et Florence, à Cécile, l’unique femme de l’équipage, et à Rémi, qui a tenu à m’accompagner jusqu’au bout sur le quai, jusqu’à ce qu’Odile, mon hôtesse, vienne me chercher. J’irai sans doute leur faire un coucou quand ils seront de retour à Tubuai d’ici une dizaine de jour. En attendant, me voilà entre les mains d’Odile qui m’a accueillie avec le collier de tiare de circonstance et nous voilà sur les routes (enfin, l’une des deux routes) de Raivavae. Odile est charmante, une dame d’un certain âge, énergique et rieuse qui tient sa pension d’une main de maîtresse. C’est que sur cette île, m’a confié Rémi, ce sont les femmes qui sont les cheffes et font les affaires !

Mon pied-à-terre à Raivavae : la Pension Ataha, chez Odile

Ne comptez pas y trouver de grande hôtellerie ! Ici, il n’y a que des pensions et un petit resort. Pour éviter les catastrophes budgétaires, j’ai opté pour une alternance entre demi-pension et hébergement seul. Parce que la Polynésie, ça vous coûte quand même un os, même en pension, qui est souvent l’une des options les moins chères. Et comme je reste ici huit jours, tous les moyens possibles d’économiser ne sont pas négligeables. Huit jours loin de tout, avec une connexion internet aléatoire, pas de distraction autre que mes livres et mes séries et films Netflix téléchargés d’avance (en espérant qu’ils n’expirent pas tous au même moment).

La pension d’Odile et de son mari Terani, Pension Ataha, est situé au sud-est de l’île à Vaiuru, un des villages de Raivavae (c’est à dire un alignement de maisons avec un temple protestant, une école et une supérette à côté) avec vue directe sur le Motu Piscine, une des merveilles de l’île. Sa maison est charmante, colorée bleu lagon et un fare juste à côté a été construit pour héberger d’autres pensionnaires, équipés ceux-là de cuisinettes. C’est là que je « déménagerai » pour la deuxième partie de mon séjour. En attendant, je suis dans une chambre attenante à la salle commune et l’unique pensionnaire pour le moment. En fait, tout se sait tellement vite sur cette île qu’Odile me confiera qu’il n’y a que moi et un.e autre touriste sur l’île. Pas de chichis ici mais la pension est super bien tenue, la cuisine d’Odile et sa conversation, délicieuses et elle vous aidera à bien profiter de votre séjour à Raivavae avec ses précieux conseils. Vous pourrez aussi louer des vélos, réserver des excursions, notamment au fameux Motu Piscine et le sentier pour la randonnée jusqu’au sommet du Mont Hiro (le point culminant de l’île) est juste derrière la pension.

C’est que Raivavae n’est pas grande : 9 kilomètres de long, une silhouette de dauphin, en son centre des pics abrupts, un grand lagon parsemé de motus et plus ou moins 950 habitants qui se connaissent tous. Jusqu’à récemment Raivavae, comme les autres Australes, était plus ou moins coupée du monde. Pour y arriver, il n’y a avait que le bateau, l’électricité fonctionnait à certaines heures de la journée et pas de réseau mobile. Au début des années 2000, tout celà changeât et enfin, en 2003, vint l’aéroport, l’électricité et un seul et unique réseau mobile : Vini. Si puissante est son image que les Polynésiens appellent leur GSM leur « Vini ». Par contre, la 3G n’est toujours pas là. Dans aucune des Australes.

Flairant le potentiel après l’ouverture de l’aéroport, Odile ouvrit sa pension pendant qu’elle continuait à travailler dans l’enseignement. Finalement, elle a laissé sa carrière de côté après quelques années pour son nouveau métier. Tout celà, elle me le racontera autour de mon repas du soir, concocté par ses soins. Et je me délecte de me faire gâter pendant quelques jours.

Prise de contact avec Raivavae

Après une bonne sieste, je pars à la découverte de mon environnement pour les 8 prochains jours, d’abords en allant faire une petite visite à la supérette, que les habitants ont surnommé le « Carrefour », car c’est la plus grande de l’île, avant de rebrousser chemin et de me diriger vers la pointe est. A part des enfants qui rentrent de l’école à pied ou à vélo et quelques voitures, ça ne se bouscule pas sur la route circulaire mais à chaque personne rencontrée, un salut, un bonsoir ou un « Ia Ora Na ». Ce n’est pas grand chose, c’est peut-être aussi un automatisme de politesse mais je prends ces saluts comme une marque que l’on reconnaît l’autre en tant que personne. Nous sommes pas invisibles les uns aux autres. Ne fut-ce que quelques secondes, on se voit, mutuellement. 

Oui, Raivavae vit une vie bien tranquille, protégée par son beau lagon. L’après-midi, il prend une étrange couleur de lait russe, en fait la couleur du sable dans cette eau peu profonde mais à l’horizon, à côté des motus, il se pare d’une fine ligne de vert, de turquoise, de bleu roy et de bleu marine. On a qu’une envie, y aller ! En kayak, c’est d’ailleurs tout à fait possible. Côté île, c’est un paysage d’un vert sauvage que l’on peut admirer : des parois rocheuses qui montent vers le ciel et couvertes d’une végétation luxuriante. Sur le long de la route, les maisons se succèdent, pimpantes pour la plupart, remplies de fleurs et particulièrement d’hibiscus qui éclatent de couleurs en camaïeux de rouge, de rose ou de jaune. Et dans le lagon, quasi devant chaque maison, on trouve une pirogue ou un petit bateau pour la pêche. Le lagon est généreux de ce côté là. Par contre, pas de cocotier, qui sont plutôt côté jardin, ou de plage de sable. Il faudra que je cherche un peu plus loin demain pour çà, mais on trouve beaucoup de aitos, les fameux « arbres de fer » qui protègent l’île du vent.

Je rentre à la pension après une bonne heure de promenade pour profiter pleinement du coucher du soleil. Le ciel et le lagon de Raivavae étincelaient au couchant. Juste devant la pension, Odile a fait installer une table et des bancs, face au lagon. L’endroit rêvé pour écrire les lignes de ce carnet de bords des Australes. Si tu était passé.e par là, Lectrice, Lecteur, tu m’aurais trouvée  là le nez au vent, inspirée, distraite par les couleurs du ciel et de la mer et par les sauts des poissons hors de l’eau. Etre face à un lagon est une drôle de chose. On entend le doux clapotis des vagues et c’est toujours calme mais au loin, là où se trouve les motus et la barrière, on entend l’océan qui gronde comme une bête qui n’aurait pas de répit. Il fait presque noir quand Odile allume la lumière du porche, signal que le repas est prêt.

Raivavae, je pense que je vais beaucoup, beaucoup t’aimer.

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