lI y a de ces endroits bénis sur terre : Raivavae en compte un, le Motu Piscine. Un des plus beaux endroits de Polynésie et peut-être même de tout le Pacifique. Le genre de lieu qu’on retrouve sur les cartes postales ou les brochures touristiques ou Instagram. Bref, la définition même du paradis tropical ! Il fallait absolument que j’y aille.

Le Motu Piscine : un lieu de vie

Samedi était le jour convenu pour s’y rendre et me réveillant ce matin là, en scrutant les nombreux nuages mais aussi les morceaux de ciel bleu, je me dis que ça allait le faire. J’avais eu tort. Au moment où Teirani, le mari d’Odile, me débarque avec sa petite barque à moteur sur le motu, le ciel s’est bouché mais j’ai quand même de l’espoir. C’est accueillie par Irène et Patrick, les propriétaires, que je pénètre dans ce petit royaume suspendu entre ciel et mer. Ce motu, ils y vivent à temps partiel avec une case pour les abriter, un four traditionnel et une gazinière, une toilette au grand air et l’eau de la mer pour se laver. Sur l’île, il y a quelque cocotiers, un peu de taro, des poulets et bien sûr, il y a la pêche, toujours généreuse pour ceux qui la pratiquent. Voilà comment vivent satisfaits les propriétaires du paradis.

La plus belle piscine du monde, même sous la pluie !

Même sous ciel gris, le lagon garde des couleurs intense de menthe à l’eau, de turquoise et de bleu marine. Ça tient presque de l’ensorcellement ! Il y a évidemment la fameuse piscine qui donne son surnom au motu : un petit espace d’eau contenu entre le motu et un banc de sable, du même turquoise que les carrelages d’une piscine. Il s’agrandit et se rétrécit au fur et à mesure des marées, révélant d’autres couleurs et permettant au visiteur d’y passer sans perdre pied. N’espérez pas y voir beaucoup de poissons par contre. Il n’y a qu’une seule patate de corail fréquentée par quelques bestioles nageoires. Les racines des arbres qui plongent dans l’eau sont aussi quelques abris de choix pour en trouver plus, il faudra aller jusqu’à la pointe du motu, là où gronde l’océan.

Comment t’expliquer cet endroit qui semble hors du réel, Lectrice, Lecteur où l’on entend que les vent, les vagues, l’océan et éventuellement un oiseau  ? Tu croyais être au bout du monde ? Attends d’être arrivé/e sur un motu ! Même si je ne suis pas seule (un couple venu de Tahiti et une mère et son fils voyageant ensemble sont aussi de la partie), on y attrape comme un sentiment d’abandon. A la fois dans le sens d’être laissé à soi même mais aussi, d’abandon de soi, de toutes les convenances, de toutes les règles… Bref, on a envie de courir nus de se rouler dans le sable, d’ouvrir une noix de coco et sentir son eau sur sa langue et de nager, un petit harpon à la main, pour attraper quelques poissons qu’on fera griller. Fini les problèmes d’argents, de loyer, de boulot… Et je m’étonne moi-même de la vitesse à laquelle ces pensées me viennent ! Sauf que quand vient l’orage, c’est beaucoup moins drôle.

Un repas sous l’orage, avec un cochon sous la table

Tout à coup, le ciel se déchire à grand fracas de coup de tonnerre. Nous courrons nous abriter. Ça tombait bien ; le repas allait être servi. Au menu : poisson cru, bénitier, poisson perroquet grillé, poulet grillé, taro, ipo et petites bananes locales qui feront oublier tout ce que saviez à propos de la banane auparavant. Et autour d’une bonne table, on cause… beaucoup. Mes pieds quand à eux sont maintenus au chaud par Pua, le cochon (pua veut dire « cochon » en polynésien donc oui, ce petit goret s’appelle « cochon »). Tout rose, dodu et amical, c’est presque comme un autre animal domestique, à l’instar du chien de la famille qu’il ne quitte pas (oui, j’ai osé la blague « copains comme cochon » à propos de cette singulière amitié). Je n’ai malgré tout pas osé demandé si Pua était destiné à être mangé.

Avec moi sur le motu, un couple qui vient de Tahiti et leur petit bébé et une mère et son fils qui voyagent ensemble. Claire, la maman, vient de Nice et elle profite de ses vacances pour retrouver son fiston Félix, chef cuisinier en Nouvelle-Zélande, et à Wanaka de surcroit. Il n’en faut plus pour briser la glace et lancer une longue conversation pendant que le vent se déchaîne et la pluie s’abat dehors. Patrick et Irène ne sont pas en reste non plus et nous parlent un peu de leur vie. Bien à l’abri des éléments, l’ambiance me fait penser à un petit refuge de montagne ! Vu la météo, on vient nous chercher plus tôt et c’est à la fois enchantée de ma journée à échanger, mais dépitée de ne pas avoir profité des beautés du motu à son plein potentiel.

Le Motu Piscine, version soleil

Ce ne sera que partie remise puisque deux jours plus tard, motivée par une météo au beau fixe, je décide d’y retourner. La tentation était trop forte et l’envie de faire de belles photos aussi. Et quand j’arrive sur le motu, je ne suis pas la seule : Claire et Félix aussi sont de retour, ainsi qu’un couple ch’ti qui voyage au long cours et son à Raivavae pour quelques mois. Si le Motu Piscine était déjà beau sous un ciel chargé, que dire quand le soleil est de sortie ? C’est un véritable festival de bleus et de verts. Les couleurs sont tellement intenses que les yeux ont du mal à le supporter. Comme si on était transporté.e dans un endroit qui ne serait pas de ce monde et que nous serions à peine dignes de le contempler.

C’est aussi le moment de voir cette fameuses évolution des nuances de la piscine avec la marée, On peut presque voir les changements en direct, c’est magique ! Du turquoise le plus intense, l’eau passe graduellement à un bleu clair lumineux, reflétant encore mieux les nuages qui flottent paresseusement dans le ciel polynésien.  J’en profite pour me balader sur le banc de sable qui maintient la « piscine » isolée du reste du lagon. Ce bout de sable à fleur d’eau semble comme suspendu entre deux mondes. Aux alentours, je distingue d’autres motus dont un qui a des parfaites allures de carte postale avec son gros bouquet de palmier. Je me maudis un peu de ne pas avoir de kayak pour pouvoir pagayer jusque là.

Je n’ai pas trop le temps de me morfondre car voilà Irène qui nous appelle à déjeuner et cette fois, la table est dressée sur la plage, à l’ombre des aitos, avec vue sur la piscine ! Le reste, Lectrice, Lecteur, ne sera que délice et il y a bien peu à raconter tellement l’esprit entre dans une espèce de douce torpeur, écrasé par le soleil et bercé par le bruit des vagues. Je sais juste que si j’ai la chance de revenir à Raivavae (quelque chose me dit que ce ne serait pas impossible), j’irai tenter l’expérience de passer la nuit sur un des motus !

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