Le grand jour est arrivé sur Tubuai, le jour du Raid Litchis ! C’est peu après l’aube que tout notre petit monde s’est levé pour assister aux préparatif de nos coureuses maison. Emere, bien sûr mais suite au forfait de son binôme, c’est Noho qui s’est proposée de l’accompagner. Sans préparation aucune. L’affaire s’est réglée la veille au soir : autorisation médicale, paiement des frais d’inscription… emballé, c’est pesé ! Après un bon petit-déjeuner, il ne reste plus qu’à embarquer notre troupe jusqu’au lieu de départ, devant le collège de Tubuai.

Le Raid Litchis, l’évènement de l’année à Tubuai !

C’est une véritable ambiance de kermesse qui règne déjà sur la ligne de départ malgré l’heure très matinale (il faut profiter de la fraîcheur pour préserver les organismes) et cela va encore s’accentuer avec la journée ! Tout le monde est venu encourager les coureurs qu’elles que soient leur catégorie. Certains le fond en couple, entre amis mais on remarque aussi tout de suite que les élèves du collège sont de la partie, ainsi que certains corps comme la Marine ou les pompiers.

La course du Raid Litchis Tubuai est organisée au moment de la récolte de ces fruits pour lesquels l’île est connue. Elle s’adresse aux coureurs amateurs comme aux plus aguerris avec trois parcours de longueurs et difficultés différentes (5km pour les jeunes, 11km en binôme pour le « fun » et 28,5km pour les « élites »). Les deux parcours les plus exigeants emmène les participants sur le sommet de Tubuai, le Mont Taitaʼa, avant de redescendre vers le départ. A côté de l’évènement principal, un tas d’autres activités sportives sont prévues dont des courses de chevaux, ce que seules les Marquises organisent en Polynésie.

Sur le sable de Tubuai

Rodrigue a emmené un vélo qu’on m’a gentiment prêté pour que je puisse me balader jusqu’à l’heure de l’arrivée des filles. Nous ne les verrons pas partir d’ailleurs, une fois enregistrées, Emere et Noho sont emmenées loin de l’autre côté d’un grand terrain. Me voilà donc livrée à moi-même pour quelques heures. J’enfourche donc ma bécane mais malgré l’excitation, je suis mal réveillée. Et si je me trouvais une petite plage tranquille ? Ce n’est pas ça qui manque à Tubuai et on dit qu’ici, on peut en trouver avec 7 couleurs de sable différentes, une pour chaque jour de la semaine. Je prends la direction de l’aéroport, c’est de ce côté là qu’on trouve les plus sympas ! Après un petit quart d’heure à pédaler, je trouve mon bonheur. Un bon petit coin de sable blond, à l’ombre, tranquille. Je n’ai qu’à me poser sur le sable pour lire. Tout est d’un calme olympien, l’air frais vient me chatouiller le nez et le clapotis de l’eau du lagon me bercerait presque si mes autres sens n’étaient pas aussi en alerte face à la nouveauté. J’essaie de m’imaginer vivre ici, dans ce petit bout de terre que je parcourrais à vélo, je choisirais une plage tous les jours pour bouquiner, réfléchir et larguer tous mes soucis et mes tourments à la mer, cette immensité qui a la capacité d’avaler tous ce qu’il y a de négatif dans mon cerveau.

Ça doit faire une demi-heure que je suis là quand mon moment de quiétude est interrompu. Sans doute ce jeune homme a vu mon vélo pas loin du bord de la route. Mon côté misanthrope refait soudainement surface, mécanisme de défense face à la perturbation de mon flux de pensées. Une drôle de conversation va s’engager où nous allons à peine nous regarder, les yeux rivés sur l’horizon. Impossible de se détourner du magnétisme du lagon ! Je m’y arrache quand même quand me vient l’idée de regarder l’heure. Lorsque j’ai débarquer à Raivavae, Rémi m’avait prévenue que le Tuhaa Pae IV serait à quai aujourd’hui ! Je reprends donc mon vélo et file en sens inverse pour rejoindre le port.

La réapparition du Tuhaa Pae IV

Nous sommes toujours assez tôt le matin mais le soleil commence à chauffer dur sur la route circulaire. Pas d’ombre, seul l’appel d’air provoqué par le mouvement du vélo me rafraîchit. Et le voilà à quai, ce cargo qui fut ma maison pendant 9 jours. Ça me fait tout drôle de voir là et de savoir que je ne peux pas y rentrer comme je veux. Un peu comme si vous voyiez votre ancienne maison après en avoir déménagé. Heureusement, les marins me reconnaissent, je peux donc monter à bord faire coucou à tout le monde mais pas de chance, ni Rémi ni Cécile ne sont là. Rémi est en congé et Cécile, qui n’est là que pour accompagner les passagers non plus. Hors la rotation mensuelle qui l’emmène vers Rapa Iti, le Tuhaa Pae n’embarque plus vraiment de passagers depuis que les liaisons aériennes existent entre toutes les autres îles des Australes et Tahiti. C’est donc un peu triste de ne pas avoir pu saluer les deux visages les plus amis que je jette un tout dernier regard sur le bateau, et repart vers l’arrivée du raid.

Sur la ligne d’arrivée

La fête bat son plein et il y a de l’ambiance ! Le long de la route, des stands ont ouvert : petits snacks, produits typiques des Australes comme le café, le miel, la confiture, des sacs et chapeaux tressés en feuilles de pandanus, du monoï… et bien entendu, des litchis, rassemblés en grosses grappes rouges et appétissantes. Il y a foule, déjà les premiers concurrents, ceux qui ont avalé le parcours le plus court, sont quasi tous arrivés. Sortie de nulle part, la voix d’un animateur annonce les dossards et les noms de ceux qui approchent de la ligne d’arrivée. Les proches du coup se précipitent pour recevoir dans leurs bras les coureurs et coureuses qui arrivent fatigués, mais contents. L’attente commence pour moi. Ceux qui ont fait le deuxième parcours, comme Emere et Noho, arrivent à leur tour. J’attends et attends… Je vais me renseigner auprès du commissaire de course qui rigole : tous les binômes sont arrivés sauf elles. Enfin, les voilà annoncées et je vois nos deux courageuses s’avancer d’un pas tranquille, même pas en petite foulée, avec chacune une branche chargée de litchis ! Comme sortis de nulle part, Rodrigue, Here et Stéphane s’avance à leurs rencontres. Et nos deux courageuses sont fraîches comme des roses : elles ont un peu couru… au début. Avant de se rendre compte qu’elles avaient plutôt envie d’en profiter et faire de belles photos, surtout vers le sommet. Là, tout esprit de compétition les avait quittées nous dirent-elles en riant entre deux bouchées de fruits.

Comme il est encore tôt dans l’après-midi, après une petite sieste, il est décidé que nous allons passer le reste de la journée à la plage, histoire de se reposer. Et la légende se vérifié ! Cette fois, c’est du sable caramel que Tubuai nous offre pour terminer la journée.

Parce qu’en Polynésie, impossible de terminer une journée sans avoir dit bonsoir à la mer !

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