Łódź est probablement la plus grande ville de Pologne dont tu n’as jamais entendu parler, Lectrice, Lecteur, et la première chose à savoir avant de visiter Łódź, c’est comment ça se prononce (en fait, c’est « woudj »). La deuxième chose à savoir sur la 3ème ville de Pologne, c’est qu’elle n’est pas comme les autres. Ce n’est pas une ville historique comme Cracovie ou reconstruite à l’identique comme Varsovie ou Gdansk. Non, Łódź était une petite ville tranquille avant que la révolution industrielle ne lui crée un destin. S’il existe une partie plus ancienne, c’est surtout par ses édifices XIXème et ses nombreuses anciennes usines que Łódź brille et désarçonne le visiteur.

Les photos de cet article ont été prises à l’aide d’un smartphone (Huawei P20Pro) uniquement. Votre blogueuse ayant oublié son appareil photo. Ca arrive. L’opportunité d’un sacré challenge photographique

Piotrkowska, la rue devenue grand-place

Ici, on ne trouve pas de petites rues médiévales où l’on peut se perdre mais un plan à damier bien carré avec de très longues rues.  Par exemple, prenons la grande avenue principale de Łódź : ulica Piotrkowska (Piotrkowska Street) qui mesure pas moins de 4,9 kilomètres dont une grande partie est piétonne. Cette grande avenue est comprise entre Liberty Square (Plac Wolności, que nous avons vue) et Independence Square (Plac Niepodległości).

Etant donné que Łódź est dépourvue d’une « grand-place » comme la plupart des autres villes européennes, cette artère remplit une fonction similaire. De belles demeures de styles divers sont sagement alignées et abritent une foule de commerces, de cafés et de restaurants. On pourrait y passer des heures, d’autant plus que les rues perpendiculaires et les cours des immeubles sont aussi occupées par des établissements. Avis aux curieux !

Le long de l’axe, on trouve pas mal d’œuvres d’art public, de nombreuses statues, dont celle du plus célèbre citoyen de la ville : le pianiste Arthur Rubinstein. On le voit partout !

Les trottoirs de Piotrkowska sont aussi le lieu du « Walk of fame » polonais où des stars du cinéma, du théâtre et de la télé sont célébrées en une cinquantaines d’étoiles dorées. 

Łódź, c’est surtout un énorme patrimoine industriel… faisons un court aparté pour t’expliquer, Lectrice, Lecteur.

La ville promise
Au XIXème siècle, cette partie de la Pologne actuelle était sous domination russe. En pleine révolution industrielle, la Russie décide d’en faire un fer de lance du développement de son territoire polonais. L’endroit est idéalement situé pour en faire une ville de production textile. Pour ce faire, elle lance une grande campagne de recrutement, notamment auprès des Allemands, afin qu’ils viennent s’implanter et créer des industries, moyennant de nombreux avantages en terme de terrains et de prêts. Et ça a marché ! De petite ville, Łódź va devenir une des plus grandes villes de Pologne en quelques années. C’est la ville des « quatre cultures (polonaise, russe, juive et allemande), la « ville des cheminées » mais aussi, une des villes les plus inégalitaires où les palais des riches industriels côtoient les maisons ouvrières et les énormes manufactures de coton et de lin. Toute cette époque est évoquée dans un film qui tient très à cœur aux Polonais : « La Terre de la grande promesse », d’Andrzej Wajda.

La Deuxième guerre mondiale, la période communiste et son écroulement n’ont pas laissé Łódź indemne et au début des années 90, la ville se retrouve avec d’immenses espaces industriels n’ayant plus aucune utilité. Mais qu’en faire ?

Voici quelques exemples…

OFF Piotrkowska : comme un petit air de Brooklyn

Il est difficile d’imaginer qu’il y avait une usine en plein centre-ville et pourtant… c’est dans l’ancienne usine de Franciszek Ramisch que nous avons un des plus chouettes exemples de réhabilitation : Off Piotrkowska. C’est aussi une des plus petites. Dans les anciens ateliers de coton, on trouve des magasins de design, des bars et des restaurants, le tout dans une ambiance relax et colorée. Le genre d’endroit qui invite à s’attarder en terrasse et qui stimule la créativité.

EC1 : La cité de culture

C’est sur le site d’une ancienne centrale électrique qu’a ouvert l’ambitieux pôle muséal d’EC1 : la Cité de la Culture de Łódź. Pas moins de 5 institutions (dont deux encore en cours de construction) y ont pris place : La Commission du film, le Planétarium, le Musée le Centre National pour la Culture Cinématographique, le Musée de la bande dessinée et de la narration interactive et le Musée de la science et de la technologie. C’est ce dernier que nous allons visiter… et c’est même le directeur qui va nous guider !

Ouvert en janvier 2018, le musée est construit sur la partie la plus ancienne de la centrale. C’était un bâtiment en relativement bon état puisque EC1 a fonctionné jusqu’en 2000. Un lieu tout à fait approprié pour ce genre de musée qui vous emmène sur les traces de sa fonction première (la transformation et l’acheminent d’énergie) vers d’autres horizons : les civilisations, l’infiniment petit (les particules atomiques et subatomiques) et l’infiniment grand (l’espace) sans compter les expos sur bien des sujets scientifiques. Etant ouvert très récemment, le musée est au top point de vue scénographie et interactivité. J’ai été particulièrement impressionnée par l’intégration des anciennes installations de la centrale. Deux attractions phares : la simulation d’un décollage pour la station spatiale en réalité virtuelle et… la tour de refroidissement de la centrale depuis laquelle on a une vue imprenable sur toute la ville.

Avec la gare flambant neuve de Fabryzcna et la future jonction nord-sud des trains (le projet le plus ambitieux de tout le chemin de fer polonais), EC1 forme un des éléments d’un énorme projet : le Nouveau Centre de Łódź qui vise à donner un cœur contemporain à la ville. Et c’est en plein milieu de mue que nous sommes arrivés !

Manufaktura : hédonisme et culture

La Manufaktura est une ancienne usine textile en plein cœur de Łódź. Les moulins, ateliers, hangars de l’empire d’Izrael Poznański, construits en briques rouges (un style qui nous devenir particulièrement familier) ont rythmé la vie de nombreux habitants. A présent, c’est une véritable ville dans la ville avec un grand centre commercial, des commerces, des bars et restaurants, un cinéma, un bowling, un hôtel TRES design (l’Andel Hotel), des espaces publics et pas moins de deux musées.

C’est sans doute une des réhabilitations la plus impressionnante de toute par la taille et par la diversité des activités.

Pour bien marquer l’héritage textile de Manufaktura, et coincé à côté du cinéma, le Musée de l’usine vous plonge à l’époque où ses murs résonnaient du son infernal des métiers à tisser. Vous pourrez même accéder au toit pour un beau panorama sur tout le complexe (et peut-être aussi descendre de là en tyrolienne ?). Le musée est petit et se visite facilement.

Amateurs/trices d’art contemporain, n’hésitez pas à aller faire un tour au MS2 Łódź, la seconde implantation du Musée d’art de Łódź. La collection du musée est uniquement consacrée au XXème et XXIème siècle et présentée sous forme d’atlas. Ce sont quatre « îles » thématiques qui nous interpellent… si on est sensible à l’art contemporain (moi, perso, j’adore).

Si l’ancienne manufacture de Poznański est impressionnante, ce serait dommage de ne pas aller visiter le palais du patron lui-même ! Izrael Poznański était un véritable « self-made man ». Issu d’une famille modeste et parti de rien, il devint un des plus grands industriels de la ville en quelques années et bien des histoires circulent à son sujet. Sur sa mégalomanie, sur le fait que tous les soirs, il allait reculer l’horloge de la manufacture d’un quart d’heure pour que les ouvriers travaillent plus… mais il semble qu’à la fin de sa vie, Poznański se soit découvert une nature de philanthrope. Le Palais Poznański est à présent le musée de la ville de Łódź et vous replonge à une époque où tous les rêves de richesse et de réussite étaient permis.

Une pièce est aussi exclusivement consacrée au pianiste Arthur Rubinstein.

De l’art et encore de l’art à l’Art Factory

Dans le district de Księży Młyn (le moulin du prêtre, littéralement), il y a quelques usines de choix, parmi les plus grandes de Łódź. A l’époque, elles étaient situées à la sortie de la ville. Un endroit logique pour y installer des industries. C’est donc un véritable terrain de jeu pour les amateurs d’architecture et de rénovation. Et qui dit « grands espaces » dit « ateliers parfaits pour des artistes ». On y a donc construit des espaces pour les artistes plastiques, le théâtre et la formation aux arts dans la Art Factory of Łódź (Fabryka Sztuki w Łodzi). Les jeunes artistes ne sont pas non plus oubliés avec un l’Art Inkubator (qui est la partie que nous avons visité). Les artistes y louent pour une somme dérisoire un atelier et ont deux ans pour pouvoir se construire dans les meilleures conditions.

L’Usine blanche de Ludwig Geyer

Pas très loin de là, on trouve une usine textile bien différente des autres : l’Usine blanche (Biała Fabryka). Situé tout au bout de Piotrkowska, ce bâtiment industriel de Ludwig Geyer est inhabituel dans le décor ambiant car sa structure principale est… blanche. Ça tranche, comparé à toutes les usines couleur rouge brique que nous avons vues jusqu’ici.

A l’entrée du musée, on trouve un mini-musée en plein air des habitations en bois. Construit sur le modèle de Skansen en Suède, ce sont plusieurs maisons de la région (et souvent de villages absorbés par Łódź), et même une église, qui ont été démontées et amenées ici. Elles sont les témoignages du Łódź d’autrefois, quand les maisons en bois étaient la généralité, avant que l’industrialisation et la brique ne les remplacent. Si l’on peut admirer les maisons de l’extérieur, sachez que l’espace est en cours de rénovation et les maisons sont donc fermées.

A l’intérieur même du complexe, c’est le Musée central du textile qui a pris place.  A la fois musée historique, technologique et artistique, il regroupe toute l’histoire du boom textile de la ville, comment le tissu était fabriqué et ce qu’on en fait. Un des moments le plus impressionnant, c’est une projection de ce à quoi ressemblait l’atelier de tissage avec une machine en pleine action. Une seule machine fait déjà un bruit infernal, je vous laisse deviner ce que donne près d’une centaine de machine, voire plus.

Ancienne Manufacture Scheibler

Alors là, on attaque une sacrée pièce de résistance ! La manufacture de Karl Wilhelm Scheibler était la plus énorme de toute la ville. Cet industriel allemand, ayant fait ses classes dans le domaine textile à Verviers en Belgique, a donc atterri à Łódź et en quelques années, est devenu l’empereur du coton et du lin. Plus qu’une usine, c’est une véritable ville que Scheibler a édifié. A côté des ateliers, vous y verrez des maisons ouvrières (composées d’appartements de 40m2… gloups), des écoles, un hôpital… Mais avant d’aller voir tout çà, nous allons faire un crochet à l’Ecole nationale de cinéma.

Łódź, une ville de cinéma

La Pologne est un vrai pays de cinéma et la ville est le siège de la plus prestigieuse de ses institutions de formation : l’Ecole nationale du cinéma de Łódź. Parmi les anciens étudiants : Roman Polanski, Krzysztof Kieślowski ou encore Andrzej Wajda. Pardonnez du peu ! Nous allons passer quelques instants à nous balader à travers le campus de l’école (qui forme aussi des acteurs et au théâtre) sous les nombreux visages d’alumni dont on a suspendu les photos un peu partout. Comme c’était un dimanche, le campus était assez calme mais nous avons pu voir une espèce de petite piscine, siège d’une anecdote sur le plus célèbre des étudiants de l’école. Profitant d’une petite fête entre potes, Roman Polanski avait décidé de filmer pour un court-métrage. Le scénario prévoyait une invasion de la petite fête par des personnes extérieures… sauf que Polanski avait fait appel à de vrais voyous qui ont déclenché une bagarre générale. Ce qui a failli coûter cher au futur réalisateur, il fut à deux doigts du renvoi.

Et c’est dans le Palais de Scheibler que nous allons mieux faire connaissance avec le 9ème art polonais au Musée du cinéma (Kinomuzeum). En fait, le Palais Scheibler est un double musée : en plus du cinéma, toute une partie a été gardée en l’état et montre comment vivait le plus riche des industriels de son temps. Mais premièrement, nous allons déambuler entre les vieilles affiches, les projecteurs et les antiques tables de montage.  Il y a aussi une partie spécialement dédiée au cinéma d’animation (la Pologne était particulièrement productive dans ce domaine). Vous pourrez même faire coucou à l’ours Colargol et voir un mini-set qui représente une rue de Paris ! Le clou de la visite de la partie « cinéma », c’est le photoplastikon, une énorme machine où l’on s’assoit, plante les yeux dans des lunettes et à l’intérieur, défilent des images qui donnent une étrange sensation de relief. Ce sont des scènes de grands classiques du cinéma polonais qui vont défiler pendant quelques minutes.

Une jolie transition entre la partie « cinéma » et la partie « patrimoniale » du Palais Scheibler. Si le Palais Poznanski avait bien montré le côté un peu « m’as-tu-vu » du propriétaire, ici, c’est plutôt l’impression de confort et de bourgeoisie opulente mais tranquille qui domine. Mobilier, décoration, luminaire… tout est de matériaux nobles. On notera les nombreux poêles en faïence, très à la mode au XIXème siècle.

Pour couronner le tout, il y a même un cinéma installé dans une ancienne remise à diligence.

Le reste de l’usine de Scheibler a été convertie en lofts de luxe (et franchement, ça donne TRES envie d’y vivre) mais de nombreux autres bâtiments sont encore en friche, témoins que le potentiel de développement de la ville est encore énorme.

Łódź, ville du street-art

Tu le remarqueras très vite, Lectrice, Lecteur, le street-art ici est roi. Et ça ne date pas d’hier ! Déjà dans les années 60-70, les murs étaient utilisés pour des besoins de publicité des entreprises d’état (comme ce papillon qui fait face au portrait d’Arthur Rubinstein par Kobra sur ul. Sienkiewicza 18).

Cette ville post-industrielle est l’endroit rêvé pour le street-art et grâce à la Fondation Urban Form qui depuis 2008 supervise les fresques et installations, ce n’est pas moins de 80 œuvres qui ornent les murs de Łódź (dont un ROA qu’on ne peut pas louper).  Néanmoins, mon œuvre préférée n’est pas une fresque. Au tout début de Piotrkowska, dans une petite allée perpendiculaire, vous allez tomber dans l’enchanteur Róża’s Passage (Pasaż Róży). L’artiste Joanna Rajkowska a collé des milliers de morceaux de miroirs brisés sur chaque surface de mur, représentant des motifs de roses et de dentelle. C’est un hommage à sa fille Róża, qui était atteinte d’une forme de cancer de l’œil.  C’est donc une ruelle qui brille de mille feux que nous découvrons. Un endroit féerique !

Light Move Festival

En parlant de féerie, Lectrice, Lecteur, je vais conclure sur ce qui est le festival le plus important du calendrier des activités de Łódź : le Light Move Festival. Ce petit frère du Festival des lumières lyonnais (les deux événements collaborent d’ailleurs) rassemble pas moins de 650.000 personnes sur l’espace d’un week-end. Illuminations de bâtiments, installations et projections lumineuses, 3D-mapping, spectacles laser bref, tout ce qui se fait de plus spectaculaire en la matière, viennent éblouir les badauds dans une ville plongée dans le noir.  Mentions spéciales au 3D-Mapping (on en a vu quatre) à la fois impressionnant, émouvant, poétique, ou interpellant.  Une bonne raison de venir à Łódź pour y passer le week-end, à condition de réserver bien à l’avance.

Tu l’auras compris, Lectrice, Lecteur, j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette ville pas comme les autres. Les villes en transition et les villes post-industrielles exercent sur moi une grande fascination. Peut-être parce que c’est la porte ouverte à tous les possibles. J’y reviendrai, c’est certains ! Et j’y reviendrai aussi sur le blog pour vous livrer mes bonnes adresses à Łódź.

A vite, Lectrice, Lecteur !

omment se rendre à Łódź ?

Łódź n’est pas très loin de Varsovie et il faudra entre 1h20 et 2 heures pour arriver à destination.

Deux options principales : le train depuis la Gare centrale de Varsovie jusqu’à Łódź Fabryzcna (la gare flambant neuve à côté d’EC1). Prix : entre 5 et 8 euros.

Ou encore, le bus depuis Varsovie Centre vers la gare de Łódź Kaliska. Un peu plus long. Prix : entre 4 et 10 Euros.

Łódź dispose aussi d’un aéroport mais qui est assez peu desservi (sauf depuis la Grande-Bretagne et l’Allemagne).

Cette découverte de Łódź m’a été proposée par l’Office du tourisme de Pologne et l’Office du tourisme de Łódź. Toutes les opinions de l’auteure lui reste propre, malgré les nombreuses bières artisanales.