Quelle aventure pour arriver à Gdansk ! Visiter la « capitale » de la Poméranie aura été plus compliqué que prévu. Les bagages ayant été acheminés en retard à notre avion pour Varsovie, nous avons décollé en retard et loupé notre correspondance pour Gdansk. Mais pas de panique, à peine arrivé au guichet des transferts de la compagnie LOT, on nous réserve un mini-van pour nous acheminer jusque-là. Après la distribution des sandwiches et des bouteilles d’eau, nous voilà partis pour un roadtrip de plus de 3 heures, totalement improvisé.

L’occasion pour notre petit groupe blogueurs et journalistes de faire connaissance, de somnoler… Je regarde par la fenêtre. C’est ma première fois en Pologne et j’essaie de garder les yeux ouverts malgré le manque de sommeil (le vol pour Varsovie est très tôt le matin). Pendant lontemps, nous allons rouler dans un paysage plat et vert, à perte de vue. Ce sera çà, ma première impression de la Pologne : beaucoup de prés, quelques arbres, pas beaucoup de villes ou village et une plaine qui semble infinie. A la moitié du voyage, je me laisse finalement rattraper par l’envie d’une sieste. Quand je rouvre les yeux, le paysage a un peu changé, plus vallonné, et surtout, avec beaucoup plus d’arbres. Ce sont des forêts de sapins et de bouleaux que nous croisons à intervalles réguliers.  C’est un peu comme ça que j’imaginais la Pologne !

Enfin, en milieu d’après-midi, nous voilà arrivés : ni une, ni deux, nous déposons nos valises à l’hôtelet nous voilà entre les mains de Mihal, notre guide, qui va nous accompagner pendant ces quelques jours.

Une Voie… Royale

Gdansk a une histoire tumultueuse, comme le reste de la Pologne : l’ordre des Chevaliers Teutonique, la Ligue de la Hanse, la Prusse, une période d’indépendance où Gdansk était son propre état, Monaco-style (« La Ville libre de Dantzig »), l’Allemagne nazie, et enfin la tutelle de l’URSS, Gdansk, ville essentiellement allemande en terre polonaise jusqu’en 1045, a connu des heures de gloire (surtout pendant la période de la Hanse) et pas mal d’heures sombres (nombreuses guerres, conflits sociaux qui ont mené à la chute du communisme). Le plus grand port polonais se laisse découvrir sous le soleil, via la Vieille Ville… Une vieille ville qui ne l’est pas tant que çà puisque tout a été reconstruit !  Bien que ce soit tout près d’ici que la Deuxième guerre mondiale ait commencé (l’invasion de la Pologne par l’Allemagne et la péninsule de Westerplatte), la ville est restée plus ou moins intacte jusqu’à la fin de la guerre et ce sont les bombardements soviétiques et allies qui vont quasi raser la ville. Lorsque vint le temps de la reconstruction, Gdansk ne fut pas reconstruite à l’identique au moment des bombardements mais au temps de son âge d’or, à l’époque Renaissance-Baroque.

Notre promenade commence par les rives de la rivière qui a vu naître Gdansk : la Motława. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Gdansk n’est pas au bord de la mer, mais juste quelques kilomètres dans les terres, connectée à la Baltique par le réseau du delta de la Vistule. Mais avec ses bateaux et son chantier naval, c’est tout comme ! Et le long des quais, on ne peut pas manquer une survivante de l’époque médiévale : Zuraw. Son apparence actuelle date du milieu du XVème siècle et cette grue médiévale  servait à un peu de tout : charger et décharger les marchandises, surtout les céréales, ou encore le matériel de construction des navires. En la regardant, Lectrice, Lecteur, tu remarqueras qu’elle porte des briques de couleurs différentes (ce que tu retrouveras souvent à Gdansk). C’est que Zuraw a été partiellement détruite, et incendiée en 1945. Ces briques foncées en sont les survivantes. Le reste a été reconstruit dans les années 50. Nous sommes ici sur « Granary Island », l’île au grenier. En effet, Gdansk est fait de différentes îles séparées par la rivière et de petits chenaux.

Face à Zuraw, un fier navire est amarré : Soldek. Soldek est le tout premier vaisseau capable de naviguer en mer à sortir d’un chantier naval polonais après la Deuxième Guerre Mondiale. Portant le nom d’un ouvrier stakhanoviste du chantier, le Soldek fut le premier modèle d’une longue série et l’original transportera ses chargements de charbon et de minerai jusqu’en 1981. Il coule à présent une retraite bien méritée en tant que navire musée. Il fait partie intégrale du Musée Maritime National de Gdansk et on peut le visiter de la salle des machines au poste de pilotage.

En traversant le pont, qui mène de Granary Island à la vieille ville, j’ai une vision devant « Porte Verte » (Zielona Brama), une résidence royale qui marque l’entrée de la « Voie royale ». Ce bâtiment m’est étrangement familier. Une impression qui ne va pas me quitter pendant notre promenade. Ça me rappelle Anvers ! Et je n’ai pas tout à fait tort : la « Porte Verte » a été construite sur le modèle de l’Hôtel de Ville de la cité de Brabo !

A partir de là, on emprunte une longue allée : la Voie Royale, qui traverse la vieille de part en part. Elle était le chemin que prenait le roi de Pologne quand il venait visiter la ville, et il fallait bien venir de temps en temps, la ville de Gdansk, riche de par son commerce, levait un impôt qui rapportait pas mal.

Le « Long Marché » (Długi Targ), qui constitue la première partie de la Voie Royale, était et est toujours, un lieu de prestige. Construites et habitées par les personnalités les plus aisées de la ville, ces belles demeures de style flamand-hollandais, s’enchaînent des deux côtés. On pourrait se croire à Amsterdam ! On retrouve les mêmes maisons hautes et étroites, avec leurs pignons. En plus d’être l’adresse VIP de Gdansk, le Long Marché était également le lieu choisi pour les exécutions de criminels, des hérétiques ou des sorcières… charmant ! En tout cas, les autorités civiles de la ville pouvaient garder facilement un œil sur tout çà, puisque la fin du Long Marché est marquée par l’Hôtel de ville, la fontaine de Neptune (un des symboles de la ville) et l’Artus Court, un beau bâtiment qui servait à l’époque de l’Age d’Or, d’auberge et de lieu de rencontre pour les plus riches marchands et étrangers de passage.

Après ça, la Voie Royale continue avec la Rue Longue (Ulica Dluga, tout est dans le nom, cette rue est… longue) et c’est en passant la Porte Dorée (Złota Brama) que l’on a une meilleure idée des ravages de la guerre. Sous l’arche, des photos nous montrent une Gdansk en ruines. Pas un bâtiment ne semble avoir été épargné !

Nous arrivons enfin jusqu’à la Porte Haute (Brama Wyżynna), une arche qui rappelle un peu les arches romains et qui marque en fait l’entrée principale de la ville. C’est à travers elle que le Roi de Pologne faisait son entrée, après avoir reçu les clés de la ville.

D’autres incontournables de la Vieille Ville de Gdansk

Un des autres joyaux de la Vieille Ville de Gdansk, c’est la Basilique Notre-Dame, aussi un monument à ne pas manquer, mais elle est pour le moment en rénovation. Par contre, la rue toute proche de Ulica Mariacka a de quoi te charmer, Lectrice, Lecteur. C’est sans doute la rue la plus photogénique de la ville. Reconstruite également après la guerre selon des illustrations et des photos, cette petite rue à gros pavés est bordée de jolies demeures qui abritent salons de thé, restaurants mais aussi des magasins de bijoux en ambre. L’ambre, c’est l’or de la Baltique. Cette résine de conifère fossilisé est la pierre chérie de tous les pays qui bordent cette mer. On aime ou aime pas ces nuances qui vont du jaune laiteux à l’orange foncé transparent mais l’ambre est partout ! Si tu cherches de l’ambre et des bijoux de qualité, Lectrice, Lecteur, ce sera à Mariacka que tu les trouveras. Mais ça fera plus mal au portefeuille.

Juste en dehors des anciens murs de la ville, une fois passé l’arche, on voit un grand édifice noir tout à fait contemporain. C’est le Gdansk Shakespeare Theatre, une des dernières additions à l’offre culturelle déjà consistante de la ville mais si vous regardez, vous verrez sur le sol des indications qui vous signalent que la Grande synagogue de la ville se trouvait là. Détruite par les nazis en 1939, il ne reste absolument rien de ce temple imposant, que Mihal nous montre en image. Aujourd’hui, la ville compte 150 habitants de confession juive et aucun ne sont des descendants des familles qui ont pu s’enfuir ou ont été déportées.

Pour en savoir plus sur là-dessus, la visite du Musée de la Deuxième Guerre Mondiale, ouvert très récemment, ne serait pas de trop… mais il n’est malheureusement pas au programme.

Le Musée Solidarnosc

Le musée qui est au programme par contre, c’est le Centre européen de la Solidarité (que tout le monde s’est empressé de renommer « Musée Solidarnosc ». C’est sur le site même du chantier naval de Gdansk, là où les premiers soubresauts d’une envie de liberté ont signé le début de la fin du régime communiste polonais. On peut le considérer comme la suite du Musée de la Deuxième Guerre Mondiale, puisque c’est après la fin de celle-ci que les explications du musée commencent. On explique le régime et son fonctionnement, on vous remet en condition réelle avec la simulation d’un petit appartement de l’époque soviétique, avec son unique chaîne de télé et la radio diffusant de la propagande. C’est dans les années 70 que les premières protestations importantes se dressent contre l’augmentation des prix des denrées de premières nécessités. Gdynia, Gdansk et d’autres villes de la côte de la baltique se soulèvent, des manifestations qui seront durement réprimées et se solderont par 42 morts et des centaines de blessés.

La suite du musée est ensuite consacrée à la création de Solidarnosc, premier syndicat polonais (les syndicats étaient alors interdits), le mouvement social qu’il réussira à fédérer et la figure de proue du mouvement : Lech Walesa. C’est sans doute le plus illustre citoyen de Gdansk, le prisonnier politique qui devint président (l’autre habitant d’importance, c’est Donald Tusk, lui aussi ancien président polonais et président du Conseil européen).

Manifestation, accords, état de siège, arrestation, clandestinité, rôle de l’église catholique, re-grèves, re-légalisation et enfin, la chute du communisme… vous saurez tout sur ce mouvement qui a amené la Pologne vers la démocratie dans une superbe scénographie qui combine mise en situation, progression, vidéos, éléments interactifs… A ne pas louper pour comprendre l’histoire contemporaine de la Pologne.

 

Pour aller plus loin
Où dormir à Gdansk

Nous avons séjourné à l’Hôtel Sadova, un quatre étoiles situé tout à côté de la vieille ville, dans le centre de Gdansk. Il est tout nouveau, très design avec ses tons foncés et son mobilier épuré. L’hôtel a un côté résolument urbain avec ses lignes claires, l’utilisation du bois, de carrelage mat et de mur à effet ‘béton ciré ».  Les chambres sont de belle taille mais j’ai trouvé les matelas un peu trop fermes (et pourtant, je dors sur le ventre, donc les matelas fermes, je connais). Gros coup de cœur pour le petit-déjeuner, tout simplement énorme : gâteaux, viennoiseries, pains, charcuterie, poisson, œufs, fruits… Plein de beaux produits et il est impossible de ressortir de là en ayant faim. L’hôtel compte également une piscine, un sauna et un spa mais que je n’ai pas pu voir, vu nos horaires bien remplis. Compter 106 Euros pour deux, petit-déjeuner inclus.

Hotel Sadova
Łąkowa 60, 80-769 Gdańsk, Pologne
https://www.hotelsadova.pl/en/

Où manger à Gdansk

Je dois faire une petite intro sur ce coup-ci. J’avais un peu peur dans ce département. On a tous nos préjugés sur le cuisine d’Europe centrale et orientale (chou, betterave, patate, le tout bouilli). Et bien j’ai été TRES agréablement surprise. Certes, on retrouve tout ça mais chaque salade de chou m’a laissé un bon souvenir (agrémentée avec des raisins secs, de la pomme ou même de l’abricot) et la betterave, que je n’aime vraiment pas, est passée, même en dessert. Qui aurait cru que la combinaison chocolat-betterave rouge pouvait fonctionner ?

Kubicki

Bienvenue dans le plus ancien restaurant de Gdansk encore en service ! Kubicki a ouvert en 1918, un peu avant la période de « La ville libre de Dantzig ». Chez Kubicki, on mange des plats traditionnels mais à la présentation très soignée. Au menu, évidement du poisson mais une belle part est aussi réservée aux viandes comme la jointure de porc, les brochettes d’agneau ou le filet de sanglier sauvage. J’ai personnellement craqué sur la part de tarte aux pommes et la richesse de la chantilly qui l’accompagnait. Miam !

Kubicki
Wartka 5, Gdańsk
http://restauracjakubicki.pl/

Zafishowani

Un restaurant plutôt chic, situé dans un hôtel sur les rives de la rivière. Comme le nom l’indique, c’est le poisson qui est le roi dans cet excellent restaurant (en tout cas, cela aura été mon préféré). A côté du poisson, on retrouve des versions gastronomiques de plats typiquement polonais (comme les pierogis, différentes variations de la betterave ou encore, une version revisitée du « lait d’oiseau », une friandise typique de Pologne et d’autres pays slaves. Une belle adresse.

Zafishowani
Tokarska 6, 80-888 Gdańsk
http://www.zafishowani.pl/

Szafarnia 10

Tout d’abords, il y a le cadre du restaurant. Situé juste en face du Yacht club de Gdansk, avec ses immenses fenêtres et sa belle terrasse, c’est le genre de lieu qui vous fait sentir en vacances. Côté carte, place évidemment au poisson (mais pas que) et aux produits frais. Si j’ai adoré ma soupe à l’oignon, j’ai été moins convaincue par le plat (épaule de bœuf avec du persil braisé, une purée de marron et de la betterave). Mais les plats sont joliment présentés.

Szafarnia 10
Szafarnia 10, Gdańsk 80-755
http://www.szafarnia10.pl/en/

Ce séjour a été organisé avec l’Office du tourisme polonais en Belgique, Pomorskie Travel et Pomorskie Prestige. Les opinions de l’auteure, néanmoins, restent libres, malgré les quelques vodkas absorbées (avec modération).