Lectrice, Lecteur, tu le connais ce sentiment au moment où, lorsque tu as passé les formalités de check-in à l’aéroport, tout semble possible et tous les les espoirs sont permis.  Mais ce jour de fin janvier où je quittais le continent sud-américain reste dans un brouillard, un brouillard de pensées et d’images rêvée. De l’aéroport de Santiago, je ne m’en rappelle plus. Mon dernier souvenir avant d’entrer dans l’avion, c’est d’être assise sur un des sofas de « The Happy House », à attendre un taxi (l’avion partait à 4 heures du matin) un taxi pour l’aéroport. Cette absence va durer jusqu’au moment où je vais poser mes fesses dans l’avion : dans quelques heures, je serai à Rapa Nui, l’Île de Pâques..

Il y a encore quelques années, le « nombril du monde » m’apparaissait comme l’inaccessible étoile de Don Quichotte mais voilà, le moment est enfin venu! Je me revois encore à l’âge de 6-7 ans, lorsque je mettais un coussin et une couverture sous la table pour regarder la télé… les images aux couleurs passées de la télé me montraient cette île et ces étranges géants de pierre aux noms qui allaient rester gravés dans mon cerveau de petite fille : les moaïs. J’allais les voir en vrai.

Dans la tente, à Rapa Nui

Dans la tente, à Rapa Nui

Près de 6 heures plus tard, l’avion plonge subitement au milieu du Pacifique et sans que j’ai eu le temps de la voir arriver, nous voilà arrivés dans le petit aéroport de Matarevi. L’air est chaud et doux, le ciel, un mélange de bleu qui a été délavé par la pluie pendant la nuit. Je viens d’entrer dans un autre monde: celles des civilisations du Pacifique : la Polynésie. Avec une autre passagère nous embarquons dans un des petits taxis pour rejoindre l’unique village de l’île : Hanga Roa. C’est moi qui serait déposée en dernier et pas dans un hôtel, ni dans une auberge mais bien… dans un camping !  Rapa Nui est une île isolée et tout est cher (même les auberges) et là, je remercie Fabienne et Benoît de Novo-Monde pour m’avoir mise sur la voie du camping, solution qui est une excellente alternative sur l’Île de Pâques pour contrôler son budget (et pour ceux qui ne supportent pas les dortoirs).  L’île en compte deux : Minihoa et le Camping Tipanie Moana, un peu plus cher, qui sera celui où je vais élire domicile les prochains jours. C’est ainsi que j’ai débarqué chez Jenny et Benjamin, où je fut promptement accueillie par un collier de fleurs.

L’établissement est à la fois une auberge, et un camping. On croise donc pas mal de personnes sur place : des backpackeurs de tous âges, des familles, des personnes un peu âgées ayant réservé les quelques chambres individuelles… c’est un joyeux mélange qui se retrouve dans la cuisine commune. La bonne nouvelle pour ceux qui auraient choisi le camping : pas besoin de venir avec tout votre matériel puisque tente et matelas sont déjà installés (c’est le cas pour les deux campings) : emporter votre sac de couchage suffit (et j’ai même eu droit à un oreiller à prêter).

Terrassée par le manque de sommeil et le léger décalage horaire, je décide de m’accorder un sieste mais bien vite, avec le soleil qui monte dans le ciel, la température monte, monte et monte sous la tente, jusqu’à se transformer en sauna. Pas plus mal ! Je n’ai que 4 jours à Rapa Nui et il va falloir en tirer le maximum!

Orongo et Make-make

La randonnée la plus accessible depuis Hanga Roa, c’est celle qui mène au site d’Orongo, tout au sud de l’île, et ancien village cérémoniel des Rapanui, point de départ de la cérémonie de l’home-oiseau.

Male-make et le Tangata Manu
Tout comme on ne sait pas très bien comment les moaïs ont été érigés, on ne sait pas très bien non plus ce qui les a renversés. Quand les premiers européens arrivent à l’Île de Pâques, ils trouvent déjà une civilisation sur le déclin, dévastée par des conflits de clans et la déforestation de leur île (probablement due à la construction des moaïs). Le bois permettait la construction de pirogues, empêchait l’érosion des sols et gardait l’ombre et l’humidité des terrains. Sans ces arbres, moins de pêche, et mon de culture. Les conflits de clans se multiplièrent et les moaïs, qui ne sont autres que la représentation des ancêtres, furent renversés en représailles. Un autre culte commença alors à se développer: celui de Make-make, dieu-oiseau créateur des humains et de son représentant sur terre: le Tangata Manu, ou homme-oiseau. Le Tangata manu était le gagnant d’une compétition traditionnelle entre clans : chaque clan présentait un « champion » pour rejoindre l’ilot de Motu Nui (et revenir) et s’emparer du 1er œuf de sterne pondu dans l’année. Le chef de clan dont le champion avait réussi la tache devenait « homme-oiseau », un intermédiaire entre Make-make et les hommes.

Avant de commencer la promenade, je vais jeter un œil au village d’Hanga Roa. Il est tout petit, ramassé près de ses deux ports (un vieux, tout petit, qui semble plus être là pour faire joli) et un plus grand qui sert encore de port de pêche et pour la navigation de plaisance. Les maisons, sont coquettes, fleuries à profusion et chacune à son tiki. Mais sous ce visage riant, se cache la dernière des souffrance que le peuple rapanui a dû subir… mais je ne le savais pas encore. Pour le moment, je savoure mon bonheur d’être là. Sur ce petit caillou au milieu du Pacifique et alors que je me promène au bords de l’eau, je tombe sur mon premier moaï. Il n’est pas très grand, très érodé et un peu cassé mais c’est mon premier moaï qui me regardera de ses yeux aveugles pendant de longues minutes. Parce q’un premier moaï, ca ne s’oublie pas. Un peu plus loi, sur le chemin d’Orongo, j’en apercevrai un autre… celui là a des yeux blanc de corail et les pupilles dilatées. Et je peux vous dire que les moaïs « qui voient » inspirent plus une espèce de peur (celle de l’esprit qui ne dort, ni ne rêve, mais surveille, encore et toujours). Sur le chemin d’Orongo, vous passerez juste à côté de la grotte Ana Kai Tangata. Les Rapanui ont souvent souvent utilisé des grottes ou tunnels de lave où on peut encore trouver des fresques, comme ici avec une peinture ayant trait au culte de l’homme-oiseau. Prudence néanmoins, des morceaux de pierre peuvent tomber (si vous y arriver à vélo, autant garder votre casque).

Bienvenue à #RapaNui! #EasterIsland #MelDoestheWorld

Une photo publiée par Melissa M. (@mellovestravels) le

 

L’accès à Orongo n’est pas en soi difficile mais avec un chemin quasi dénué d’arbres et sous une chaleur pesante annonciatrice, d’orage, c’est un peu pénible! Néanmoins, lorsqu’on arrive sur la falaise qui surplombe le cratère du volcan Rano Kau, c’est à couper le souffle. Le volcan a laissé un cratère presque parfaitement rond et qui est à présent transformé en une espèce de lac peu profond. La vue est superbe… nous sommes ici au bout de l’île, côté sud. Si je regarde droit devant moi, il n’y a pas d’autre terre ferme jusqu’à l’Antarctique. Et pendant que mes yeux se gavent du paysage, la météo s’est subitement transformée et une pluie diluvienne, cette bonne grosse pluie tropicale et soudaine, s’abat sur moi. En moins d’une minute, je suis trempée jusqu’aux os. Fini l’occasion d’aller jusqu’au village d’Orongo, le ciel est complètement bouché dans toutes les directions ! Je cours me réfugier sur le bas-côté de la piste, sous les feuilles d’une grande plante, à attendre que ça se calme. Finalement, un couple en quad passe en face de moi et s’arrête, plutôt amusés à la vue de cette pauvre touriste accroupie sous son parapluie végétal. Ai-je besoin d’un coup de main ? Ce ne serait pas de refus ! Et me voilà ramenée en ville, en quad, sous une pluie battante. Je n’ai plus qu’à retourner me sécher sous ma tente. Et ceci était la première démonstration de la gentillesse des Rapanui!

Au camping à Rapa Nui

Pendant que la pluie tombe, je décide de me préparer un petit café et commence à faire connaissance avec d’autre pensionnaires. Pas mal de couples, une famille française au complet mais aussi Eliana, une Argentine volubile comme savent l’être les Argentins, David, un Chilien de Santiago aussi avare de mots qu’Eliana est bavarde mais sensible et réfléchi et Victor, un Mexicain expatrié à Montréal qui va prendre l’initiative d’un chef de bande : est-ce que ça m’intéresse de parcourir l’île en voiture ? On prend une voiture à quatre pour demain ? Claro que si ! En attendant, nous voilà promptement invités par le Benjamin, le maître de maison,  nous invite à notre premier repas local : un ceviche de poisson tout frais pêché à la mode rapanui au Tataku Wave (« meilleur ceviche de l’île »).  Et tu sais quoi, Lectrice, Lecteur ? Moi qui n’aime ordinairement pas trop le poisson, j’ai tout mangé

 (et en ai même redemandé).  Pendant que nous mangeons, Benjamin se dévoile un peu. Sa famille, les Tuki, est une des familles qui a survécu à l’histoire tumultueuse de l’ïle de Pâques. Engagé dans la marine chilienne, il connaît bien le Pacifique et parle même un peu français.

On mange donc plutôt tôt sur l’Île de Pâques!

Hanga Roa, nostalgie pacifique

Quand Benjamin nous ramène à l’auberge, le soleil commence seulement à se coucher. Je me précipite donc vers le port d’Hanga Roa, là où se trouve le petit spot des surfeurs. Au milieu des rochers, il y a un banc, un peu bancal, face à la mer. je m’établis donc là, le visage baigné de la lumière orange du soleil qui descend. Pas de bruit au début, juste les vagues qui frappent violemment les rochers. J’essaie de les saisir mais sans doute trop fatiguée par une journée trop remplie, je fais n’importe quoi. Je décide donc de simplement profiter du moment. Un à un, les surfeurs sortent de l’eau. Je les regarde enlever leurs combinaisons d’un œil sans doute un peu gourmand avant de détourner vers vers l’océan. C’est hypnotique!

Et là, il y a des moments qu’on ne voudrait jamais oublier (pourquoi est-ce toujours au moment d’un coucher de soleil sur une mer ?). Alors que le soleil est à quelques minutes de plonger sous l’horizon, dans mon dos, monte un air de ukulélé. Une mélodie d’une immense mélancolie, comme si c’était trop dur de dire au revoir à la lumière du jour. Je tourne la tête. Mon joueur de ukulélé est un surfeur, installé dans son pick-up, il a décidé de donner la sérénade à l’océan et c’est moi aussi qui en profite. J’en ai les larmes aux yeux… Moi aussi, je ne veux pas que ce jour finisse, ce jour où pour la première fois, j’ai vu l’ïle de Pâques.