- Inverness , Ecosse -

December 2017

Un grand week-end à Inverness, 3e partie : le Nessie Hunter et la Dame de Cawdor

Lectrice, Lecteur, l’Écosse, ce sont de beaux paysages, mais ce sont aussi de sacrés personnages. De coup, je vais t’en présenter deux. Tout les oppose : la naissance, le mode de vie… Mais ils ont en commun une chose : la passion de leur terroir de la région d’Inverness.

Steve Feltham, 25 ans en bords de Loch Ness

Incroyable, lorsque j’ouvre les rideaux de ma chambre, je découvre un ciel bleu pâle qui commence à s’illuminer. Des nuages à l’horizon ont pris la couleur du soleil levant. Il fera donc beau ce matin et nous allons revoir le Loch Ness mais qui aura revêtu un autre visage, plus souriant sous le soleil d’automne. Notre petit groupe a débarqué sur la rive extrême-nord du Loch. L’endroit est idyllique… le lac scintille dans la lumière du matin, des canards s’ébattent dans l’eau. Un lieu parfait pour une jolie promenade, mais nous ne sommes pas là pour çà. Un peu en retrait du lac, on trouve une caravane qui semble avoir déjà bien vécu. La porte s’ouvre et nous découvrons son propriétaire : Steve Feltham. Gros pull et chevaux un peu en bataille, Steve a l’attitude cool et relax d’un type qui a toute la journée devant lui… et pour cause ! Quand il avait 7 ans, Steve et sa famille viennent passer des vacances en Ecosse et le petit garçon restera fasciné par le mystère du loch et surtout par le petit camp de chasseurs de monstre qui s’était installé non loin de Urquhart Castle. La vie a suivi son cours mais l’amour du Loch Less est resté, Steve alternant les visites au fil des ans. Au moment où il commençait à s’installer dans la vie (un job solide dans l’entreprise familiale, une copine sérieuse, une maison…), Steve a envoyé tout valsé, réalisant que ce n’était pas la vie qu’il rêvait de mener. Une fois la maison vendue, c’est son frère qui lui dégotera le van, une ancienne bibliothèque mobile équipé d’un poêle. Depuis, Steve est The Nessie Hunter“, le chasseur de Nessie, à temps plein et ça fait 25 ans que ça dure, menant une #vanlife avant que ça ne devienne à la mode. Au début, il se déplaçait avec sa maison sur roue le long du lac mais devenu vieillissante, il était impératif de lui trouver un emplacement définitif. C’est dans le parking du Dores Inn que Steve s’est installé définitivement. Un donnant-donnant pour le propriétaire du pub qui bénéficie de la curiosité des visiteurs qui viennent voir Steve.

Avec le temps, notre chasseur de monstre s’est construit un petit patio et avec son chat, il vit ici paisiblement, avec la plus belle vue du Loch Ness comme décor, vendant des petites sculptures en pâte à sel de Nessie, ou des mugs. Un job qu’il peut faire quasi avec les yeux fermés. Pendant que nous discuterons, il manipulera sans s’arrêter une petite masse de pâte pour lui faire prendre la forme classique que l’on connaît de Nessie : celle d’une espèce de dinosaure au long cou.

Et finalement, après 25 ans passés à traquer le Monstre, Steve l’a t-il vu ? Eh bien seulement une fois, au tout début de son installation. Il a vu “quelque chose d’étrange” et depuis, plus rien. Mais le lac est grand et peut-être faut-il plus qu’une vie pour apercevoir Nessie.

La châtelaine de Cawdor

Un peu plus tard dans la journée, nous changeons complètement d’environnement : nous voilà arrivées à une quinzaine de kilomètres d’Inverness, dans le village de Cawdor pour y visiter son château mais aussi, pour y rencontrer celle qui y habite.

Nous avons à peine le temps d’admirer l’imposant extérieur du château que nous voyons une figure s’avancer vers nous : grande, élancée… c’est Lady Cawdor, qui vient nous accueillir.

Je suis impressionnée malgré moi : c’est quand même la première fois que je rencontre une vraie lady, dois-je me rendre d’un “your Ladyship” pour la saluer ? D’autant plus que Lady Cawdor en impose : grande, élancée, distinguée, avec des cheveux argentés impeccablement coiffés. Et quelle allure ! Elle n’a pas seulement le look d’une héroïne de roman mais aussi l’histoire.

Née Angelika Lazansky von Bukowa, issue de la noblesse de Bohème, Lady Cawdor a été mannequin à la fin des années 60 et épousât en seconde noce Hugh Campbell, 6e Comte de Cawdor, un “personnage” comme on aime à le dire. Le genre d’aristocrate britannique plutôt excentrique comme peut en produire la noblesse de Sa Majesté. Lorsque Sir Hugh décède, il lègue Cawdor Castle à sa seconde femme et non à son fils aîné issu de son premier marriage… s’en suit une bataille familiale et légale épique et digne d’une tragédie shakespearienne. Finalement, c’est Lady Cawdor qui aura réussi à faire valoir ses droits et elle réside dans cet immense bâtiment qu’elle va nous faire visiter.

Après nous avoir régalées d’un chocolat, nous commençons la visite par la salle de dessin. Notre lady fait un large geste : “Ici, nous sommes en famille.” La salle est remplie de portraits, la plupart sont des ancêtres et des proches des Campbell de Cawdor. Ca me fait tout bizarre, j’ai l’impression de me retrouver en plein Downton Abbey. Tout semble être prêt à recevoir des invités à venir s’y retirer après un repas. Un plateau contient des verres à whisky, une boîte de bonbond traîne sur un autre… Il ne manque qu’une bonne flambée dans la cheminée ! Mais le personnel est invisible, sauf l’assistante de la comtesse qui nous chaperonne. Pourtant, il y un chef jardinier, un cuisinier personnel…

De pièces en pièces, la visite se poursuit et nous découvrons une chambre que Madame la Comtesse utilise régulièrement. La plus belle évidemment (on aurait tort de se gêner) avec un immense lit à baldaquin tendu de velours cramoisi. Une chambre de reine mais où règne un froid de canard. “Je n’aime pas chauffer la nuit, nous confie Lady Cawdor, je mets seulement la couverture électrique pour chauffer le lit et quand il fait froid, je suis de temps en temps surprise de trouver mes fenêtres givrées quand je me réveille”. Ca me rappelle des souvenirs… Dans d’autres chambres, je vais constater que les chauffe-lits sont répandus, signe que la maîtresse de maison doit recevoir… J’essaie de m’imaginer la vie de Lady Cawdor dans cet immense château remplis d’objets de collection : peintures, sculptures, tapisseries, souvenirs de voyages… Quel effet cela fait d’être à la tête de tout çà ?

Pour mieux apprécier la taille de la propriété, Lady Cawdor va nous emmener au sommet de la tour principale du château. Si l’intérieur est superbe, que dire des jardins, qui comptent parmi les plus beaux d’Ecosse ? C’est peut-être ici, sur cette tour, que l’on sent le côté “médiéval” du lieu avec ses créneaux et comme la propriété des Cawdor est grande, le paysage n’a pas beaucoup changé : un doux panorama vallonné avec un grand tapis vert, semé d’arbres aux couleurs de l’automne. Nous irons le visiter plus tard…

Des hauteurs de la tour au profond des caves, notre hôtesse nous emmène dans le lieu le plus symbolique de tout le château : la salle du houx, une chambre voûtée plongée dans le noir ou des chaises encerclent un tronc mort, un tronc de houx et ce serait ici que furent posées les premières pierres du château.

La légende veut que le Thane de Cawdor ait décidé de construire son nouveau château en suivant des directives qu’il avait vu en rêve : il lâchat dans la nature un âne avec un coffre chargé d’or et là où l’âne s’arrêterait pour le nuit, il bâtirait son château. L’âne finit par se coucher au pied d’un houx et autour de l’arbre, fut construit le château. Et je dois dire que cet endroit est vraiment très, très mystérieux. On imagine bien des sessions de spiritisme ou l’assistance en cercle tenteraient à la lueur des bougies de contacter les défunts. Mais à propos, y a t-il des fantômes à Cawdor Castle ? Lady Cawdor avait des soupçons et pour s’en assurer, elle a demandé à une célèbre spirite française de venir voir par elle-même et en effet : elle a recensé pas moins de 23 “présences” (la comtesse préfère ce mot à “fantômes”), toutes bénéfiques. Ce sont des esprits qui restent attachés au château pour une raison ou pour une autre et d’après la comtesse, ils ne sont pas dérangeants, alors autant s’en accommoder.

Du coup, la visite suivante, celle du jardin, est comme un grand courant d’air qui vient rafraîchir l’imagination. Le château en compte pas moins de 4 et nous n’en verrons qu’un, le plus ancien et le plus formel. A l’époque de sa construction, il était entouré d’un mur et servait de potager et de verger. S’il reste quelques arbres, c’est plutôt aujourd’hui un jardin d’agrément et même si les fleurs sont maintenant rares en cette saison, il reste agréable de s’y promener.

Steve et Lady Cawdor auront marqué ce séjour par leurs personnalités et choix de vie, ils ont en commun le fait d’être radicaux dans deux sens opposé : si l’un a osé la simplicité, l’autre s’est battue pour assumer la charge d’un patrimoine énorme. Deux vies sans concessions et dans les Highlands, on est plutôt entier.

A suivre…

Cette aventure écossaise a été réalisée en coopération avec Visit Britain et Visit Inverness Loch Ness. Les opinions de l’auteure restent libres et entières, malgré le nombre de dégustations de whisky.




  1. Itinera Magica
    le 13.12.2017

    Personnages excentriques, fantômes et monstres, j’adore ces deux personnages !

  2. Melissa
    le 13.12.2017

    Ils sont tous les deux extra-ordinaires. Chacun dans leur genre. C’est vivre sa vie sans concession…

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