Notre escapade en Ecosse prend doucement fin. Après avoir avoir marché sur les traces de l’histoire des Highlands avec Outlander, essayé de trouver une preuve de l’existence du Monstre du Loch Ness et rencontré deux personnages hors du commun, il était temps de se pencher sur une nourriture un peu plus… terrestre. Parce que l’Ecosse, c’est aussi une question de saveurs !

Le Gin du Loch Ness

C’est une maison nichée sur une colline avec vue sur le Loch Ness. La taille du bâtiment suggère une certaine affluence mais on ne pourrait pas soupçonner que s’y cache une distillerie de gin ! Ou plutôt, une micro-distillerie : Loch Ness Spirits. Et non, ce n’est pas une distillerie de whisky, mais une distillerie de gin qui est en pleine révolution en Ecosse suite au retour en grâce du Gin&Tonic depuis ces 5 dernières années. C’est la propriétaire, Lorien Cameron-Ross, qui nous accueille; Avec son teint de porcelaine, ses lèvres rouge sang, ses cheveux sombres avec une mèche grise qui vient encadrer son visage, elle est ce genre de personne qu’on a envie de dessiner ou de peindre et c’est dans son jardin qu’elle va nous expliquer l’aventure de sa distillerie. Médecin de profession, avec son mari Kevin, elle a ainsi eu l’idée de faire quelques expériences avec les plantes qui entourent sa propriété : la baie de genévrier, qui est la base du goût du gin mais aussi les « botanicals », des herbes, pétales de fleurs, feuilles, racines ou même des écorces d’arbres qui aromatisent et donnent son caractère à un gin. Et ici, tout est récolté à la main (c’est pourquoi il faut parler de micro-distillerie), au grand dam des enfants de la famille qui sont mis à contribution. Tels des alchimistes, nos distilleurs ont fait de nombreux essais avant de trouver LA recette de leur Loch Ness Gin. Imagine un peu Lectrice, Lecteur… jouer au petit chimiste et à la sorcière pour le bonheur du goût (et de l’ivresse raisonnable). C’est le genre de hobby qui titille votre blogueuse ! Le résultat est un gin premium, dans la tradition des gins de type « dry ». Et ça se passe plutôt bien pour la petite entreprise des Cameron-Ross ! Leur gin a remporté des prix et comme la production est petite, le prix (45 livres) est plutôt élevé. Par contre, la bouteille est une vraie œuvre d’art : les lignes sont pures, le verre est d’un marron foncé fumé avec une silhouette en « S » qui évoque Nessie (et le nom de la compagnie) couleur cuivre (subtile allusion au processus de distillation).

Mais après tout ça, il est temps de goûter le produit fini. D’abords nature (ce type de gin vaut la peine d’être dégusté tout nu), puis sous forme de Gin&Tonic. Je jette un coup d’œil sur l’heure : il est 10h30. La journée commence fort ! C’est le souriant Marius qui nous prépare nos cocktails. Le gin est servi dans un verre carré (old style, comparé aux verres ballons qui sont souvent utilisés pour servir le Gin&Tonics actuels), de préférence avec un Fever Tree Tonic Water et une rondelle de kiwi. Hmmm…

Une ferme dans les Highlands

Nous sommes donc toutes d’excellente humeur pour reprendre la route, direction les Highlands et le village de Foyers.

Au fur et à mesure des kilomètres, les arbres disparaissent. Nous prenons de la hauteur et enfin, apparaissent les paysages Highlands comme je me l’imaginais : de grandes étendues, une lande sans arbres battue par les vents, un ciel lourd et changeant… l’impression d’une terre sauvage où peuvent exprimer les tourments de l’âme pour les laisser emporter par les éléments. C’est aussi un certain sentiments de liberté. (oui, j’ai pensé au « Freeeeeeedoooooom » du William Wallace du « Braveheart » de Mel Gibson).

C’est donc plutôt comique d’y trouver une ferme/salon de thé, un peu au milieu de nulle part : la Cameron Tea Room and Farm Shop. Et là, nous devenons toutes folles : la ferme possède des Highland cows (vous savez, ces vaches massives avec plein de poils et de longues cornes), et on attendait de les voir, ces fameux bovidés. Premières constatations : je pensais qu’elles n’existaient qu’en plus moins une seule couleur de robe (marron cuivre) mais non : il en existe des noires, des brunes, des beiges… et elles semblent avoir plutôt mauvais caractère. Il suffisait de les voir se donner de sacrés coups de cornes pour avoir leur part de nourriture, mais surtout, il y a une biche apprivoisée. L’animal a été recueilli par Morąg et Ali Cameron, les propriétaires, quand elle était encore bébé et s’est complètement adaptée à la vie avec les humains ! Non seulement, la biche n’a pas peur des humains mais en plus, elle recherche le contact : tel un chien, elle se laisse caresser et vient même réclamer qu’on s’occupe d’elle.

Mais parlons de l’intérieur : on dirait une ancienne grande emménage et tout est bois. C’est confortable, chaleureux… il y a même un poêle à bois et de profonds sofas et fauteuils en cuir où sont installées deux dames en train de tricoter. Le menu est réduit mais simple : une soupe du jour, différents types de sandwiches, des bagels et nachos… et Tea Room oblige : des cakes et différents types de thés et de cafés. C’est de la cuisine honnête, simple et bonne, le type qui te réchauffe le corps quand il fait bien froid. Et les scones, un vrai délice. Il y a également un petit coin magasin où on peut acheter des pulls, des petits cadeaux et même des légumes. Une chouette étape avant ou après avoir vu l’attraction locale : les cascades de Foyers (que nous n’aurons pas vu par manque de temps).

L’Ecosse, l’autre pays du fromage

On ne le sait pas vraiment, mais l’Ecosse produit du fromage, oui, oui ! Pour les gourmands et amateurs, pourquoi ne pas aller le chercher directement là où il est fabriqué ? C’est donc Chez Connage Dairy que nous nous rendrons, une ferme qui a réussi à étendre ses activités au-delà de la simple production laitière : leur fromage bio est produit sur place, mais en plus, on y trouve une sélection de partout en Europe ainsi que quelques charcuteries. Lectrice, Lecteur, tu hallucinerais en voyant l’assortiment. Pour couronner le tout, il y a un mignon café attaché à la fromagerie avec des pâtisseries qui vous feront sans doute de l’œil. Voilà un concept rondement pensé et mené. Tout est pris en compte : le bien-être des animaux, leur nourriture, la poussée vers les énergies renouvelables pour la ferme. Malheureusement pour moi, je ne peux juger de la qualité des fromages de Connage, je n’aime pas le fromage !

Gastronomie d’Inverness

Retour à Inverness : ça fait maintenant dix ans que la révolution gastronomique a touché toute la Grande-Bretagne. Avec des chefs-stars comme Jamie Oliver ou Gordon Ramsey, avec des tonnes de shows consacrés à la cuisine (comme le Great-British Menu ou le Great British Bake-off sur la BBC), c’est fini le temps où l’on considérait la gastronomie britannique d’un air dédaigneux. L’heure est aux produits frais, au bio et aux circuits courts ! Pour notre repas à Inverness, nous voilà emmenées dans un restaurant dont les lettres de noblesses sont les poissons et fruits de mer : The River House. Logique, pour une ville entre rivière, lac et mer ! Considéré comme un des meilleurs restaurants de la ville, c’est un restaurant à la fois trendy mais chaleureux : lumière tamisée, accueil jovial par le patron, Allan “Alfie” Little… on s’y sent bien et le maître mot ici est « proximité ». Proximité avec les fournisseurs, surtout les pêcheurs du coin. Enfin, c’est le moment pour moi de me jeter sur du saumon écossais (sauvage). Un régal ! Le reste du menu à l’avenant : du loup de mer, du cabillaud, du merlu, de coquilles Saint-Jacques des Shetlands… et une alternative pour ceux qui n’aime pas le poisson (une entrecôte) … La carte des vins est aussi particulièrement soignée.

Auld Lang Syne

Enfin, pour prendre congé d’Inverness, il est nécessaire de le faire dans un pub, mais pas n’importe lequel : le plus vieux de Inverness : le Gellions. Et ne pense pas que tu tombes dans une espèce de piège à touristes : c’est un pub, un vrai où les gens du quartier viennent prendre un verre et profiter de la musique. Comme la veille, c’est le jour de la musique « traditionnelle » et le groupe est encore plus nombreux : guitariste, violoniste, accordéoniste, joueur de cornemuse… Ils sont une dizaine qui vont et qui viennent au fur et à mesure la soirée. Si le cœur t’en dit, tu peux contribuer à leur cagnotte (jouer, quelque fois chanter, ça donne soif) mais il y a beaucoup de chance pour que comme moi, tu te laisses emporter par une mélodie un peu mélancolique, appuyée par un violon et la voix rauque d’un guitariste en gros pull. Ce n’est qu’un au revoir !

So long, Inverness.


Cette aventure écossaise a été réalisée en coopération avec Visit Britain et Visit Inverness Loch Ness. Les opinions de l’auteure restent libres et entières, malgré le gin de bon matin.