C’est le premier jour de l’année… un jour dont je ne verrais pas la lumière. Il est tôt, 9h. Trop tôt pour un jour de l’an mais prévoir une rando en partie sur la glace, dans le matin glacé du Svalbard, n’est-ce pas lancer à 2020 un avertissement que je suis prête à répondre à des défis en pagaille ? Et ça promet ! Les conditions ne sont vraiment pas les mêmes qu’hier pendant la randonnée jusqu’au sommet de Blomsterhøgda. Aujourd’hui, pas d’étoiles ! Le ciel est bouché, un petit vent souffle et on dirait que des grains de neige flottent dans l’air.

Mais enfin, je n’ai pas trop le temps de réfléchir, le van de Svalbard Wildlife Expedition arrive pour m’embarquer. Pendant le trajet, j’apprends une triste nouvelle : l’ours qui rôdait depuis la Noël à Longyearbyen a été abattu. Moi qui rigolait en disant que les feux d’artifice de la veille l’avaient définitivement chassé, je me suis lourdement trompée. L’ours s’est à nouveau aventuré pendant la nuit de nouvel an. Comme il était impossible de l’endormir pour l’emmener sur la côte est de Spitsbergen (l’agent en charge était en vacances), la gouverneure a pris la décision de l’abattre. C’était la 3ème fois que l’ours avait fait une apparition en milieu urbain. Une décision qui est très rarement prise et qui chagrine beaucoup les touristes… beaucoup moins ceux qui habitent ici et qui savent quel danger peut poser un ours polaire qui n’a pas peur de la présence des hommes.

Traverser un fjord et une rivière gelée et retrouver le passé minier du Svalbard

Comme d’habitude, nous passons au quartier général de l’agence pour s’équiper. C’est un peu plus facile que la veille : pas besoin de crampon ici, juste de lampes frontales et ceux qui n’ont pas de bottes qui conviennent peuvent en louer et nous réembarquons dans le van et nous dépêchons de quitter la ville. Notre point de départ une fois atteint, nous nous regroupons pour un dernier point. Jan, notre guide, va nous emmener de l’autre côté d’Aventfjord jusqu’aux installations minières de Hiorthamn, une exploitation minière qui est maintenant abandonnée. A part quelques lueurs de motoneige qui passent au loin, on ne voit rien, absolument rien. Sans la clarté des étoiles, le monde semble plus petit et plus sombre. Plus menaçant aussi mais nous nous mettons en route.

Si vous n’êtes pas des athlètes, je vous recommande cette activité : pas d’ascension ou très peu, pas de neige jusqu’au genou (90% du temps)… nous n’avons même pas eu besoin de raquettes ! Lampes au front, nous nous enfonçons dans une plaine plongée dans l’obscurité. A notre droite, c’est Adventdalen, une longue vallée qui descend jusqu’à se transformer en fjord. Cette configuration en fait un vrai tunnel à vent. Ça souffle et ça glace les pommettes, une des seules parties de mon corps qui n’est pas protégée. De temps en temps, nous entendons un drôle de craquement : c’est la glace qui grince sous nos pieds. Nous ne le voyons pas, mais nous passons sur l’eau solidement gelée du fjord. Le paysage est morne, désolé… et imposant à la fois. Et puis ça ne fait pas dix minutes que nous marchons que le groupe s’arrête. Nous nous rassemblons autour du guide qui nous pointe le sol. Très distinctement, dans la neige, il y a une trace de patte, une trace de patte énorme : celle d’un ours polaire. Et ce ne sera pas la seule que nous verrons, nous en avons détecté plein !Peut-être est-ce celle de l’ours abattu ce matin ? Mon coeur se serre. Ce que nous ne savions pas à ce moment, c’est qu’un autre ours était probablement dans le coin, puisqu’on en a vu encore un tout proche de la ville récemment.

C’est quand même un peu sur nos gardes que nous continuons la randonnée quant à moi, je suis encore impressionnée de la taille de la patte de l’animal : elle est légèrement plus large que ma tête ! Je n’ose imaginer ce que se prendre une claque de nounours polaire peut donner, et je ne tiens pas à le savoir. Petit à petit, les lumières de Longyeabyen s’estompent, devenant de plus en plus faibles. Nous ne sommes qu’à quelques kilomètres de la ville mais j’ai l’impression d’être à des lieues du monde connu. Nous arrivons enfin en terrain accidenté, c’est là où une rivière qui se déverse dans le fjord et son courant est complètement gelé. Nous allons la traverser et quelques minutes plus tard, surgissant de la nuit, nous voilà devant une structure minière. Sans les lampes, ni les indications de Jan, je serai passée à côté.

Hiorhamn était une petite exploitation minière qui fut un échec commercial. Elle n’a fonctionné que quelques années mais les installations sont encore debout et restent un témoin du passé minier de l’archipel. Ce qu’il y a de chouette, ce que nous pouvons nous installer dans la tour en bois, à l’abri de l’extérieur, pour faire un break pendant un bon vingt minutes, le temps de se réchauffer et de manger quelques biscuits. Dehors, la météo se détériore et ce sont franchement des petits flocons de neige qui flottent en masse. C’est comme si un brouillard se transformait immédiatement en glace. A travers une fenêtre de la tour, je vois les sommets des montagnes qui entourent la ville disparaître dans les nuages et le paysage se voiler. Il est temps de rentrer ! Nous nous dépêchons donc de tout remballer et de nous remettre en route.

Et devinez qui traîne un peu la patte derrière ? Ma petite taille et ma condition physique plus que douteuse font que je me retrouve toujours très vite à l’arrière d’un groupe de marche.

Après quelques minutes, me voilà entourée par la nuit et une brume neigeuse qui fait peu à peu disparaître tout le paysage autour de moi. De loin, je vois les lumières de mes congénères mais devant moi, ma lampe ne projette qu’un mince filet de lumière qui éclaire juste assez devant moi. Je tourne la tête à gauche et à droite sans cesse, histoire de m’assurer qu’il n’y a pas d’ours dans les parages mais j’ai l’impression que la nuit m’entoure de tout côté. C’est une sensation étrange, celle d’être une petite bulle de lumière et de chaleur dans un environnement qui ne voudrait pas de moi.
Un rappel efficace que sous ces latitudes arctiques, nos fragiles vies humaines sont en fait en danger. C’est à la fois effrayant et enivrant. Je regarde un peu autour de moi et vois un fantôme de montagne qui a presque l’air d’un mirage. Loin devant nous, les lumières de la route qui longent le fjord nous appellent mais dans le noir, difficile de se rendre compte des distances et j’ai beau marcher, les lumières ont beau avoir l’air proches même, nous continuons inlassablement d’avancer sans pouvoir sembler les rejoindre.

A nouveau, c’est à la dernière minute que nous nous rendons compte que nous sommes quasi arrivé.e.s alors que la neige se fait un peu plus forte. Mon cerveau a fonctionné à 100 à l’heure et si je suis un peu fatiguée physiquement, c’est mentalement que j’ai besoin de repos ! C’est décidé : je passe le reste de la journée tranquillement chez Mary-Ann’s.

La vie sous la nuit polaire

Ça fait trois jour que je suis là et à ma grande surprise, je m’aperçois que je m’habitue très bien à cette nuit permanente. Moi qui suis hypersensible aux ambiances, je m’imaginais cloîtrée dans ma chambre, en PLS, pleurant toutes les larmes de mon corps pour revoir la lumière du jour mais non. C’est étrangement… presque normal. En même temps, après plusieurs semaines, je n’aurai peut-être pas chanté la même chanson.

J’ai donc posé la question à plusieurs personnes, à commencer par l’un des réceptionnistes de Mary-Ann’s. Il faut savoir que peu de personnes habitent de manière permanente ici : scientifiques, guides, étudiants, etc. Ils vont et viennent. Dans le cas de mon réceptionniste, c’est un étudiant venu d’Oslo qui est venu travailler quelques semaines pour payer ses études. Et lui… est déprimé. Pourtant, les heures de soleil sont déjà réduite à Oslo en hiver mais voilà, il se sent fatigué et se languit du soleil. Heureusement pour lui, il n’est là que pour un mois !

Quelqu’un qui apprécie la nuit polaire, c’est Jan le guide. Sur le chemin du retour, ayant finalement réussi à rejoindre le reste du groupe, j’en ai profité pour faire la causette. Jan est un habitué du milieu polaire, son champs d’étude se portant sur ce milieu précis. Et lui, il aime bien cette période de l’année avec ses lumières multicolores qui égaient la ville, la lueurs chaudes des fenêtres, la danse des aurores… C’est aussi une période beaucoup plus calme, où on se retrouve « entre soi » et où on est plus attentif à soi et aux autres car il faut affronter le long hiver. Finalement, c’est l’été qui est plus dur à gérer, avec la lumière 24h/24, tout le monde est en mode hyperactif, a des difficultés à dormir et cela crée un drôle de mélange.

En ce quatrième jour, j’ai décidé de me la couler douce. Les efforts physiques ont eu raison de mon dos et j’avais vraiment envie d’aller visiter le Svalbard Museum. Pas de chance, il est fermé pour inventaire ! J’irais donc me promener dans le centre de Longyearbyen. C’est assez vite fait, il s’agit de deux rues parallèles où s’articulent les commerces, quelques hôtels, la Maison de la culture, un des lieux de rencontre principaux des habitants de la ville et le petit centre commercial, Lompensenteret. Si vous voulez acheter des souvenirs, c’est sans doute ici qu’il faudra le faire. A côté de ça, on y trouve un café-restaurant, un pub, un salon coiffure et… un spa et salon de massage ! J’ai failli craquer et y aller. Tout cela semble tellement incongru dans un tel environnement et pourtant, tout le confort de la civilisation est là et bien là.

Polar Permaculture : l’agriculture au Pôle nord

Une personne qui a su s’adapter à cet environnement, et tente même de tirer plus de parti que ce que Svalbard ne peut donner, c’est Benjamin Vidmar, le seul et unique « agriculteur » de l’archipel. J’ai pu passer quelques heures en sa compagnie pour évoquer son parcours mais surtout, discuter son rêve un peu fou : Polar Permaculture. C’est à Stationen, un très chouette café et restaurant tout neuf de Longyearbyen, que nous avons discuté ensemble autour d’un bon café.

Originaire d’Ohio, Benjamin a eu très tôt le goût des bonnes choses, notamment grâce à son beau-père pour qui le bien-manger était primordial néanmoins, il ne se destinait pas au début à une carrière dans la cuisine.

Son chemin le mène à Bornéo où il étudie la comptabilité et pour se financer, il travaille comme serveur dans un restaurant turc. Se retrouver dans les cuisines au milieu des produits frais et des épices lui semble tout à coup comme une évidence : la cuisine, la voilà sa vocation. Il lâche tout et revient aux Etats-Unis pour étudier au Cordon Bleu Institute de Pittsburgh puis retourne à Bornéo pour se perfectionner en cuisine locale. Son destin va changer lorsqu’il va se faire engager sur un bateau de croisière à destination de l’Antarctique. Ironie du sort, alors qu’il travaille au Pôle sud, il rencontre des passagers qui travaillaient au Svalbard. Il se fait embaucher comme chef dans le seul hôtel 5 étoiles de l’archipel et apprend à connaître son nouveau lieu de vie.

Ce qui le frappe au Svalbard, c’est évidement l’énorme quantité de produits qui doit être importée. Même le poisson est importé alors qu’ils sont au bord de la mer. Cela le fait réfléchir… et si il était possible de cultiver quelques herbes et légumes localement ? C’est ainsi que l’idée de Polar Permaculture est née. Benjamin se met donc à la recherche d’expériences de culture dans un environnement semblable, se documente, apprend tout ce qu’il peut, notamment sur le compostage, sur l’hydroponie qui semble particulièrement indiquée avec un sol gelé en permanence. La solution qui semble la meilleure, c’est de cultiver sous un dôme en plastique. Certain le font en Alaska, alors pourquoi pas au Svalbard ? Et voilà notre apprenti agriculteur qui se lance, non sans difficultés car importer du terreau (et des vers) dans un environnement aussi protégé demande pas de démarches et d’études. Finalement, il arrive à réaliser son objectif ! Une petit terrain lui est prêté à Nybyen, un quartier de Longyearbyen et son dôme illuminé de pourpre va vite devenir une icône dans un paysage blanc et noir.

Bien entendu, Benjamin ne peut pas tout cultiver, seuls quelques légumes et herbes peuvent s’épanouir dans des conditions climatiques et lumineuses aussi particulières (même si elles sont tempérées par la technologie) mais le but est d’arriver à 20% de la production nécéssaire aux besoins de Longyearbyen d’ici 2030. Pour le moment, il livre ses radis, salades, herbes (et même des pommes de terre) aux restaurants de la poignée d’hôtels de standing de Longyearbyen. Mais peut-être bien que Benjamin y arrivera puisqu’il va bientôt déménager dans des installations plus grandes et surtout permanentes. Pour le moment, son dôme est à moitié arraché et ses plantations, laissées ouvertes aux éléments. Il faudra revenir pour suivre l’évolution de cette nouvelle étape.

Comment bien mener sa vie sociale au Svalbard

Avant de rentrer, je ne peux pas faire sans aller boire au Karlsberger Pub. Surnommé avec affection KB, c’est LE lieu si vous voulez socialiser à Longyearbyen. Avec sa lumières tamisées et son bar garni de dizaine de bouteilles de whisky et d’autres alcools de choix, on se sent tout de suite à son aise. Ce ne sont pas les alcools forts qui m’intéresse quand je vais m’asseoir au bar mais plutôt la bière que l’on brasse ici-même à Svalbard Bryggeri, la micro-brasserie la plus au nord du monde et que j’avais eu l’occasion de visiter il y a quelques années.

Pendant que je déguste mon IPA, je ne peux m’empêcher de laisser traîner une oreille sur la conversation qui se déroule avec d’autres clients installé au bar comme moi. Moi qui suis plutôt du genre introvertie, je vais me mêler à la conversation comme si c’était naturel. Comment ça se fait ? Ma bière n’est pourtant qu’à peine entamée, ce n’est donc pas l’effet du « courage liquide ». Est-ce l’effet de cette nuit qui ne veut plu finir qui finalement, me fait perdre la tête ? Ou est-ce que je sens que dans un milieu hostile, il faut être proche de ses semblables ? Je n’en sais rien mais nous voilà, lancés dans une grande conversation, le barman qui est Croate, un touriste autrichien qui m’était familier (il séjourne chez Mary-Ann’s) et un marin suédois à peine retraité. On parle voyage, expérience du Svalbard, de nos vies… C’est peut-être pour ça que je me sens si à l’aise : tout le monde est étranger ici. Personne ne naît au Svalbard et on ne peut techniquement y mourir (sauf accident ou maladie foudroyante). On vient tous d’ailleurs et l’immense majorité n’est que de passage alors, on se crée une famille de circonstance, ne fut-ce que pour une soirée. Je pensais être là pour boire une pinte mais m’attarde pour une deuxième. Si la sagesse et la tête qui commençait à légèrement tourner ne m’avait pas intimé l’ordre de m’arrêter et de rentrer, j’en aurai sans doute bu une ou deux de plus (je retrouverai mon Autrichien le lendemain matin avec une belle gueule de bois alors qu’il disait que ce serait « la dernière avant de rentrer).

Gruve 3, visite d’une mine de charbon

Au début, quand les premiers européens arrivèrent au Svalbard, ils restèrent pour la chasse à la baleine mais dans un environnement aussi hostile, les baleiniers ne furent pas longs à abandonner l’archipel. Au début du XXe siècle, c’est le charbon qui va ramener les hommes sur l’île de Spitsberg. Un vrai « Far North » où les conditions de vie étaient rudimentaires et rudes… néanmoins, il reste à l’heure actuelle 2 mines : la Mine 7 de Store Norske et celle russe de Barentsburg. Un sacré héritage qui a marqué, et marque toujours le paysage de Spitsbergen.

Une des dernières à fermer, c’était la Mine N° 3 (ou Gruve 3). Maintenant aménagée pour les visites, c’est un endroit essentiel à voir si l’on veut comprendre l’histoire du Svalbard et elle sera ma dernière excursion avant de quitter l’Arctique. Notre guide, qui travaille pour Store Norske, nous indique tout de suite que cet endroit n’était pas qu’une mine. Sur les murs des installations extérieures, le logo de la mine figure des instruments de mineurs croisés entourés de deux épis de blé. C’est que la mine fut le premier site du réservoir mondial de semences avant qu’on ne construise l’établissement actuel.

Nous entrons et à l’intérieur, tout est comme figé dans le temps. Un matin de 1996, on a annoncé aux mineurs qu’ils ne prendraient pas leur service et que la mine serait fermée. Elle a donc été abandonnée en l’état. On dirait que les mineurs et le reste du personnel pourraient revenir d’un moment à l’autre et reprendre leur travail. C’est une vraie capsule temporelle. Dans un des anciens espaces de repos, notre guide nous explique l’histoire minière de Spitzberg et particulièrement celle de cette mine. Sur un coin de la salle, une affiche signale en termes un peu lestes que les mineurs sont priés de ne pas laisser la salle en désordre. C’est la dernière intendante, une maîtresse-femme, qui faisait la loi ici. La mine était en effet un monde d’homme bien que ces dernières années aient vu un nombre croissant de femmes choisir cette carrière. Cela n’a pas été sans résistances mais si les mineuses faisaient leurs preuves, elles gagnaient le même respect que celui aux collègues masculins. Si vous allez boire un verre au Karlsberger Pub, vous verrez en photo quelques unes de ces femmes qui travaillent dans les boyaux de la montagne.

La mine 7 suffit pour fournir les besoins de Longyearbyen en énergie mais la particularité du charbon extrait près de Longyearbyen est sa grande qualité et particulièrement, sa haute teneur en carbone qui en font un matériau de choix pour la production d’acier. Le reste de la production est d’ailleurs exclusivement envoyée en Allemagne pour le secteur automobile.

Mais pour le moment, il s’agit de s’équiper pour visiter la mine elle-même. Première chose à faire, se revêtir d’un « lompen », la combinaison des mineurs. On enfile un casque et une lampe et lentement, nous parcourant une série de salles où on trouve diverses machines (dont d’impressionnantes « tronçonneuses » qui tranchaient à travers la roche ou encore des wagons, souvent portant des noms de femmes, qui transportaient charbon ou personnes. C’est gigantesque !

A Longyearbyen, le centre commercial s’appelle « Lompensenteret » et pour cause : c’était l’endroit pour s’équiper avant d’aller à la mine, quand il y en avait une toute proche.

Enfin, nous voilà en train de marcher dans le coeur de la montagne. Si elle reste froide, la température monte quand même de quelques degrés ici. C’est une immense « allée » qui est taillée dans le rocher et d’où rayonnent des petites galeries. La particularité de la Mine No 3, c’est que les veines de charbons sont toutes fines et que le galeries le sont tout autant. Pour y entrer, les mineurs devaient y ramper, matériel attaché au côté ou au pied, avant de pouvoir s’en saisir et de commencer à percer. Bref, le travail se faisait… allongé ! Vous aurez même l’occasion de voir par vous même : on peut se glisser dans une des « strossa » pour se rendre compte de ce que celà impliquait. C’est à dire qu’une hauteur de 50cm, c’était déjà du luxe !

La visite se termine sur la porte d’entrée de l’ancien réservoir de semences et sur la porte des Archives arctique mondiales. Cet endroit est assez extraordinaire puisqu’il sert à préserver des données stockées sur films numériques, bien à l’abri dans un environnement lointain et préservé. Des tableaux, des manuscrits du vatican, la « Divine comédie », des films, les codes open-sources qu’on trouve sur GitHub… Une masse de connaissances y est regroupée dans un refuge à l’épreuve d’une attaque nucléaire. C’est sa position isolée et le statut démilitarisé du Svalbard qui en font l’endroit idéal pour ce genre de chose, les mêmes raisons qui ont poussé à construire la Réserve mondiale de semences là-bas. Avant de partir, vous êtes encouragé.e.s à repartir avec un petit morceau de charbon, l’ultime souvenir issu de la production locale !

Jusqu’au bout, j’aurai profité de ce que le Svalbard peut offrir en hiver puisque tous ceux qui prennent l’avion sont ramenés directement de la mine à l’aéroport. La nuit polaire est une saison enchanteresse, à la fois magique, étrange et effrayante. C’est le genre de destination qui vous pousse vers vos limites, quelles qu’elles soient. Vous devrez accepter qu’elles sont belles et bien là (c’est même quelque fois une question de survie) mais souvent, vous les surpasserez et même si j’ai cru que mes jambes allaient me lâcher, que mon dos allait me tuer et que j’allais passer 5 jours, dont le Nouvel An, LA fête conviviale par excellence, toute seule, j’ai franchi ces limites. Et ça, c’est ce qui fait que certainement, je reviendrai au Svalbard.

Je remercie l’Office du tourisme de Norvège qui m’a aidée à préparer le séjour et Svalbard Wildlife Expeditions qui m’a accordé le tarif presse pour ses activités.
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