- Longyearyen , Svalbard -

May 2016

#MelDoesSvalvard : Food tour arctique à Longyearbyen

Il y aune chose que l’on apprend vite dans les milieux très froids: on se fatigue plus et plus rapidement. Même emmitouflé sous vos couches thermales, vos polaire et doudoune, après quelques heures, le non-habitué se sentira comme une pauvre lavette après quelques heures passées au grand air. C’était mon cas, ce qui fait que l’avant-veuille de mon départ du Svalbard, je n’avais pas vraiment visité Longyearbyen, trop épuisée par l’excursion du jour, ce qui est quand même assez ballot. J’avais donc pris la décision de ne pas me programmer d’activités sauf une… Le genre d’activité que je pensais ne jamais trouver ici : un food tour. Oui, oui… tu m’as bien entendue Lectrice, Lecteur : un food tour au presque-Pôle-Nord ! J’étais trop curieuse que pour ne pas tenter l’expérience.

Lorsque je prend mon petit-déjeuner, la cuisine est quasi-vide… nous sommes en milieu de semaine, en plein creux pour l’auberge qui est encore plus tranquille que d’habitude. Je me dépêche d’avaler mes tartines, j’ai fait la grasse mat’ aujourd’hui, et je n’aurai pas deux occasions de me balader en ville ! Il est déjà 11 heures quand je me mets finalement en route, bien emmitouflée (il fait près de -20° mais heureusement, pour la première fois depuis le début du séjour, pas de vent, tout est calme, le ciel est clair, la neige brillante et moi, d’excellente humeur ! Je ne tarde pas à croiser mon premier arrêt : la Galleri Svalbard.

Art et culture au Svalbard

On a beau vivre loin du monde, là où passe l’homme, il laisse des traces de son esprit créatif et le Svalbard n’est pas e reste, car l’Homme ne peut vivre sans culture. Une des premières institutions culturelles, c’est la Galleri Svalbard. A la fois galerie d’art et centre d’artisanat, c’est probablement ici que vous trouverez le cadeau pas comme les autres : bijou, sculpture, peintures, tricots, objets en verre… à un prix certain!

Je continue ma route et croise une des deux écoles… juste au moment où les élèves rentrent d’avoir fait du ski! Ils ont même un petit remonte-pente qui les tirent sur le haut de la colline juste en face de l’école… je reste un peu stupéfaite de voir çà. Pour une fille du Plat Pays, c’est parfaitement exotique! Je me ferai vite doubler par ces gamins en pleine forme qui auront eu le temps de ranger leur mathos et prendre le chemin du retour à la maison. Je souris en voyant ces scènes de la vie quotidienne qui m’ont l’air si éloignée de ce que je connais. Je me sens un peu comme une extra-terrestre qui découvre un monde étrange. Je pars me promener dans un quartier résidentiel de la ville, bien connu des photographes pour ses rangées de maisons colorées. Dans ce décor de dégradés du blanc au gris, les maisons sautent encore plus aux yeux des visiteurs, illuminant de leurs nuances le mi-jour de la fin d’hiver arctique.

Finalement j’arrive dans le centre-ville, en face de la Kulturhuset, la maison de la culture, qui sert à la fois de snack, salle de théâtre, de cinéma et de concert. Elle semble servir de point de ralliement pour tout Longyearbyen: on vient un boire un latté avec les copains, faire une pause avec son bébé, manger un morceau le midi pour pas trop cher, s’amuser le soir… Dans une communauté aussi petite, ce genre de lieu est essentiel mais il n’est pas le seul et ce que je vais découvrir. Après avoir salué ma correspondante de l’Office du Tourisme, qui m’a aidé à préparer mon voyage, je consulte l’heure et constate qu’il est temps de me rendre au point de rendez-vous pour le départ du tour A Taste of Svalbard : le Radisson Blu, le gros hôtel de luxe de la ville, ou viendra nous chercher le guide de Spitsbergen Travel.

C’est parti pour une marche de 8 kilomètres à la découvertes des saveurs du Svalbard…

Autant dissiper le malentendu tout de suite, même si le Svalbard est entouré d’eau, il n’a pas vraiment de flotte de pêche et on ne trouvera que quelques poissons comme l’omble chevalier mais l’intérêt réside ailleurs… il réside dans l’adaptation, le mélange et à un raffinement dans un endroit où on ne s’y attend pas vraiment.

Mais pour le moment, nous sommes en route vers la seule et unique brasserie de la ville, la Svalbard Bryggeri, qui a ouvert l’année dernière et tout çà est le travail d’un homme, Robert Johansen, qui a réussi après 5 ans de lobbying, à faire changer la loi qui empêcher de brasser la bière au Svalbard. Enfin, depuis 2015, on peut y déguster des pils, des weissbieren, IPA’s, Pale Ales, Porters ou Stouts qui ne sont vraiment pas mal du tout (petite préférence pour la Pale Ale et l’IPA). Evidemment, l’orge et le houblon ne sont pas issus du Svalbard mais l’élément le plus important d’une bière, l’eau, vient bien des sources de l’archipel, de l’eau glacière pure. Une entreprise à l’image des gens qui habitent le Svalbard : aimant prendre des risques et résolus. Et cette interview du brasseur vous donne une bonne idée du genre de personnes qui viennent habiter au Svalbard. C’est réchauffée et joyeuse (tu parles deux bières avant même de commencer à manger) que nous ressortons de la brasserie et heureusement, c’est le plus grand morceau à marcher entre le coin du port et Ny-By, le quartier de mon auberge.

Huset est probablement un des plus chouettes endroits de Longyearbyen et son histoire est un peu particulière… Au début du XXème siècle, contrairement à un certain égalitarisme présent sur le continent, la société du Svalbard est divisée en classes. A l’époque, Longyearbyen n’est qu’une ville de mineurs, avec les cadres de la compagnie minière et quelques fonctionnaires qui sont là pour représenter l’Etat et un minimum de service public. D’un côté, on regarde dédaigneusement les mineurs, de l’autre, on a du mépris pour ceux qu’on appelle les ‘Funken“. Une division qui crée des tensions au sein de cette petite communauté. Histoire de rassembler les parties, la construction d’un lieu qui pourrait rassembler tout Longyearbyen, fut décidée. On choisit alors un endroit pas très loin de l’église, pile entre le centre de Longyearbyen et Ny-By où se trouvaient les dortoirs des mineurs. Simplement baptisée “Huset”, la maison, ce qui était alors un magasin, un club et un café, est devenu le cœur de Longyearbyen en 1951. A l’extérieur, on dirait une grosse maison mais quand on rentre, on se rend compte que c’est beaucoup plus grand qu’il n’y parait : le restaurant est immense (et la “dagens”, le plat du jour à venir consommer avant 18h est un des bons plans à retenir) et cozy mais on y trouve aussi un vrai théâtre, des salles mais surtout, surtout… une des plus belles caves à vin du monde et c’est là que notre guide emmène le petit groupe. C’est dans les années 80 que le directeur du Huset, œnologue en herbe,  d’alors a décidé d’assembler sa cave à vin. Et 30 ans plus tard, Huset se retrouve avec 20.000 bouteilles, dont de nombreux grands crus et millésimes. Nous sommes promptement assis sur de grandes chaises recouvertes de peau de rennes et le sommelier nous invite à déguster un Valpolicella, un vin vénitien, choisi pour s’accorder à notre petite dégustation de baleine de Mincke, servie sur pain d’épice avec de la crème sûre. Après m’être nourrie de tartines, de biscuits, de nourriture déshydratée et de plats thaï, je me sens comme transportée complètement ailleurs. Je pourrais me trouver dans la cave d’un gastro d’une grande ville mais non, je suis à des milliers de kilomètres d’une grande métropole. Et je suis toujours bien dans mon pantalon de ski et gros pull. C’est déroutant au possible !  Comme si ça ne suffisait pas, Huset vient de lancer le concept “harengs et aquavit”, un pairing d’aquavit venant de différents pays nordiques, avec le poisson phare de la gastronomie de la région. Malheureusement, nous n’avons pas tenté le coup.

L’arrêt suivant sera bien différent. Presque en face de mon auberge se trouve le Coal Miner’s Cabin. Un établissement relativement neuf qui en plus d’être un auberghôtel, est aussi un pub/restaurant et le Coal Miner’s cabin n’est pas peu fier de ses burgers, fait à partir de bœuf norvégien. Et je dois dire que l’on se sent TRÈS bien au Coal Miner’s cabin avec son décor tout en bois et en sièges de velour, une fois installés dans ses fauteuils, c’est dur de repartir mais là, pour le moment, je suis installée à table ou on nous sert un mini-burger et une bière de la Svalbard Bryggeri. Maintenant que l’estomac commence à se remplir et les cœurs à se réchauffer, je me sens un peu plus à l’aise. je une fois de plus la seule non-Norvégienne du groupe et la curiosité est plus forte que la réserve nordique : d’où viens-je ? Que fais-je ici ? Est-ce que j’aime le Svalbard ? Est-ce que j’ai déjà visité la Norvège ? Je retourne les questions, je veux en savoir plus aussi… A une autre table, je vois la guide, qui me faisait l’essentiel de la conversation, me sourire, contente de voir mon intégration au sein du groupe.

Pas le temps de s’attarder, nous sommes en retard et on nous attends au prochain pit-stop :  le Spitsbergen Hotel. Situé sur une bute, l’hôtel à l’avantage d’être un peu en hauteur et son restaurant, le Funktionærmessen,  offre ce qui est problablement la plus jolie vue de tout Longyearbyen, sur les glacier et le port mais ce n’est pas le restaurant que nous allons tester… non, non… nous allons passer à la cave, à travers un méandre de couloirs, avant d’arriver à l’ancien magasin d’alcool. Plus qu’ailleurs en Norvège, le Svalbard était (c’est un peu moins le cas) très strict quand il s’agissait de la consommation d’alcool et chacun, fonctionnaires comme mineurs, avait un quota bien defini d’alcool qui pouvait être retiré au “Nordpolet”, le magasin d’état. Le quota est d’ailleurs toujours en vigueur (on peut acheter 24 bouteilles au magasins, soit une pour tous les jours sauf le dimanche). “Det Gamle Nordpolet” garde sa vocation de débit de boisson… mais dans une optique plus raffinée puisqu’ici s’agit de champagne !!! Le sommelier remplit généreusement les verres d’un champagne dont j’ai oublié le nom. N’oublions pas que j’ai déjà 4 verres dans le ventre et j’essaie d’écouter ses explications sur le fonctionnement de l’ancien monopole.

Nous voilà enfin arrivés au dernier arrêt : un pub, le Karlsberger. Le seul et vrai pub de Longyearbyen. Lumières tamisée, bar en bois, on se sent tout de suite à l’aise au Karlsberger. Ce qui frappe tout de suite quand on rentre dans le pub, ce sont les murs rouges où sont accrochés des portraits en noir et blanc de mineurs, des hommes et des femmes, le visage noirci mais souriant, saisis dans des portraits à forts contrastes, comme le paysage où ils travaillent. Ces visages seront sans doute bientôt des images du passé. Côté norvégien, il ne reste plus qu’une mine d’ouverte, destinée à fournir la centrale électrique en combustible. Le prix bas du charbon ont encore fait fermer une mine, la raison de l’existence des humains sur cette terre inhospitalière. Côté russe, la mine de Barentsburg reste ouverte, mais loin de la logique économique, c’est la géopolique qui maintient la mine à flot.

En regardant les portraits, je me souviens des paroles de Michael il y a quelques jours : “Les hommes sont d’abords restés pour massacrer les animaux, puis quand il n’y en avait plus, pour  extraire le charbon.” Le jours du chabon sont comptés et le Svalbard essaie de se projeter dans une autre économie : le tourisme ? Peut-être bien. Mais les avions et les bateaux de croisières toujours plus nombreux posent déjà des problèmes environnementaux. Ily a la recherche aussi. Mais celà reste limité. Et l’éducation, le Svalbard possède son propre pôle universitaire axés sur les sciences arctiques. Bref, un tournant difficile à négocier auquel l’archipel essaie de se préparer. Et je vais assister à une des phases, par hasard. Dans le bar, il ne reste plus que 3 personnes du groupe. Trine, une représentante de l’office du tourisme qui sert de chaperon à Jan-Erik, un inspecteur d’Innovation Norway, en fin de visite pour savoir si le Svalbard sera digne d’obtenir le label “Sustainable Destination”, un premier pas vers une vision raisonnée du tourisme. Quelques semaines après mon retour au pays, j’apprendrai que le label aura été accordé. Entre deux bières et une immonde gnôle (un mélange local de différents alcool dont le nom fut perdu dans les vapeurs), en écoutant mes deux compagnons de table, je me rends compte que le Svalbard reste encore et toujours un lieu où il faut se battre, se battre pour y survivre, pour le préserver.

Ce goût du Svalbard aura été découvert  grâce à l’aide de Visit Svalbard et de Spitsbergen Travel.




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