Le Vercors, ce coin de France a une aura un peu mythique. Chanté par Bashung (je ne compte pas les messages qui m’ont demandé si j’allais sauter à l’élastique, la réponse est « Non »), adulé par les amoureux de la nature, de la randonnée et des sports d’hiver, il nous attendait, nous, une bande de petits Belges (et un Français) pour le découvrir.

Une matinée en train suffit pour arriver jusqu’à Grenoble où Cécile d’Inspiration Vercors nous attendait. Nous, c’est Sophie de Yummy Planet, Maxime de Trekking et Voyage, Pauline de Madame Bougeotte et Gaëlle et Jeremy de Une Belge, un Français. Dans notre petite troupe, il y a deux experts de la rando, Pauline et Maxime et deux novices, Sophie et moi-même. Et j’ai un peu d’appréhension : les quelques jours qui ont précédé, les muscles de mes jambes m’ont fait atrocement mal. Dopée aux patchs musculaires et aux anti-inflammatoires, j’espère être d’attaque pour ce qui nous attend mais pour le moment, nous allons commencer en douceur avec le Trièves, situé au sud de l’Isère mais aussi du Vercors, c’est un territoire qui offre pas mal d’activités diverses : la randonnée, l’alpinisme mais aussi… les sports nautiques !

Le Lac Monteynard-Avignonet, petit air de Caraïbes

Qui dit « montagne », dit souvent « lac » et là, nous allons en visiter un de compète : le Lac Monteynard-Avignonet. C’est une vision de rêve qui nous accueille : à travers de hauts pins vert foncé, se découpe une eau turquoise qui n’a absolument rien à envier à celle de Bahamas ou des lagons de Polynésie. C’est juste superbe ! Le beau temps étant de la partie, il y a du monde (mais pas trop). Certains font de la bronzette, d’autres prennent l’apéritif à l’ombre ou laissent tremper leurs petons dans l’eau fraîche et les plus sportifs ont décidé de faire de la planche à voile ou du kite surf. Bref, on pourrait tout à fait se croire en bord de mer tellement le lac est grand mais il n’y a pas que des activités nautiques au Lac Monteynard, on peut aussi y faire la randonnée. Après avoir dégusté notre déjeuner à l’ombre des arbres, nous partons à l’assaut du sentier qui longe le lac vers l’une des passerelles himalayennes qui font la réputation du site : la passerelle de l’Ebron et la Passerelle du Drac.

Que ce soit pour rejoindre l’une ou l’autre, le sentier est facile, accessible aux familles et largement ombragé par endroits. De notre côté, c’est la Passerelle de l’Ebron qui sera le but de notre promenade, il suffit d’une heure de marche pour la rejoindre depuis le parking. Une petite heure qui offre différents panoramas sur le lac et son fantastique environnement. L’heure de promenade jusqu’à la passerelle file à toute vitesse, d’autant plus qu’il y a pas mal à admirer. Le temps est beau fixe, mais avec quelques nuages et je vais souvent me perdre dans l’admiration des jeux d’ombre et de lumière sur l’eau et sur les flancs des montagnes.

Enfin, nous y voilà : le Passerelle de l’Ebron, un pont de métal long et étroit qui surplombe une gorge du lac. Si vous êtes très sujet au vertige, faîtes attention, vous pourriez y passer un mauvais moment. Testez les quelques premiers mètres avant de voir si vous pourrez faire toute la traversée, d’autant plus que la passerelle bouge. Pour les autres, c’est un vrai régal. Côté gorge, plutôt que turquoise, l’eau prend une couleur vert émeraude intense et on a aussi tout le temps de détailler les bateaux qui font le tour du lac. Voilà une activité qui doit être bien agréable ! Si vous continuer le sentier, vous arriverez à l’autre passerelle mais le temps nous étant compté, nous faisons demi-tour pour rejoindre les véhicules, via une autre route qui cette fois nous emmène en bordure de champs. Et partout, on retrouve ces drôles de chenilles qui semble suspendues dans les airs. Pendues sur leurs fils de soies, ces chenilles sont en fait extrêmement nuisibles, tuant les buis qui forment une partie de la végétation locale. Réussir à les éviter tient du slalom olympique !

Là haut, sur la montagne à l’alpage du Serpaton

En fin d’après-midi, c’est le moment d’aller prendre un peu de hauteur et c’est la bonne heure pour aller visiter l’alpage du Serpaton. Accompagné de David, un éco-guide qui va nous faire découvrir les secrets de l’alpage, nous allons doucement monter, la route est facile, jusqu’à un joli point de vue. Le lieu est champêtre à souhait ! Il y a plein d’espèce de fleurs, dont de jolis chardons où butinent allègrement abeilles et papillons, la vue sur le relief du Vercors et sur le Mont-Aiguille (probablement le sommet le plus emblématique de la région) et imprenable mais en plus, qui dit « alpage » dit « troupeau » et nous ne tardons pas à entendre les cloches des vaches tintinnabuler. Bref, le Serpaton est une vraie carte postale !

Dormir à l’Auberge Buissonnière

C’est pas tout çà, le grand air, ça creuse et pour joindre l’utile à l’agréable, nous allons dîner là où nous allons dormir, à l’Auberge Buissonnière.

Cet établissement familial, qui offre des chambres simples mais tout confort, est aussi une excellente table. La carte est composée de spécialités régionales réalisées avec des produits locaux, comme un crumble de truite. Et bien installés sur la terrasse de l’hôtel dans ce joli petit village de Grzsse-en-Vercors, on est bien et même très bien ! D’autant plus que les hôteliers nous font sentir comme à la maison. Comme il se doit dans la région, nous terminons le repas sur un petit verre de Chartreuse. De quoi bien dormir cette nuit car la journée qui nous attend le lendemain ne sera pas de tout repos : nous partons en bivouac !

L’Auberge Buissonnière

66 Montée du Château, 38650 Gresse-en-Vercors, France

Sentier du Pas de l’Aiguille, la rando pour les nul.le.s

Après un petit-déjeuner royal et un au revoir ému au confort d’un lit, nous embarquons dans notre van pour rejoindre Chichilianne, le point de départ de notre randonnée sur les Hauts Plateaux du Vercors. C’est ici que nous avons rendez-vous avec Alexandre, notre guide, et Maxime, qui nous accompagnera avec sa mule, Souka, qui portera notre nourriture, de l’eau et les tentes pour le bivouac. Maxime et sa famille sont spécialisés dans l’accueil paysan et les randonnées avec ânes (et mules donc aussi) à la Poulânerie et ne lâchera pas notre Souka d’une semelle.

Un grand ciel bleu règne sur la Trièves, le Mont-Aiguille nous appelle : il est temps de se mettre en route. Au revoir, la civilisation, on se retrouvera dans un peu plus de 24 heures, au Col de Rousset.

C’est excitée, mais aussi un peu inquiète que j’entame la randonnée à travers cette partie du Parc naturel régional du Vercors. Je ne suis pas habituée et si j’ai déjà campé, je n’ai jamais bivouaqué. Mes jambes vont-elles tenir le coup ? Mon manque flagrant de condition physique ne va t’il pas me jouer des tours ? Je ne vais pas tarder à le savoir, nous voilà devant les premières pentes, c’est le moment de sortir mes bâtons de randonnées, fraîchement achetés pour l’occasion. Et je vais grandement me féliciter de l’avoir fait : ils servent d’appui à la montée et de frein à la descente. La première partie de l’ascension vers le Pas de l’Aiguille se déroule à l’ombre des arbres. Je souffre, mais ça va. Je laisse les pros de la randonnée prendre les devants et essaie d’y aller à mon rythme tout en essayant de ne pas me laisser trop distancer. C’est tout de même soutenu et je sens mon moteur intérieur qui chauffe sans que la température ne redescende.

Le dernier morceau d’ascension, qui est aussi celui avec le plus de dénivelé, est par contre complètement découvert. Par chance, les nuages se sont amoncelés depuis le début de la matinée et un gros amas gris vient cacher le soleil pendant la presque totalité de la montée. Pas trop le temps de profiter des paysages sauvages par contre, tellement je suis concentrée sur un rythme que je ne veux pas perdre. Enfin, nous arrivons en haut et à la récompense qui nous tend les bras : une vue imprenable sur Mont-Aiguille et la vallée. Attention, moi qui ne suit pas d’habitude sujette au vertige, ici, j’ai quand même vu le sol légèrement tournoyer sous mes pieds !

Un peu plus loin, sur le Pas de l’Aiguille, trône un monument en pleine montagne : celui aux Résistants morts lors de l’assaut qui fut mené par l’armée allemande le 22 juillet 1944. Pendant 30 heures, 23 maquisards, la plupart très jeunes, résisteront, dont toute une nuit avant de tenter une sortie. Onze mourront, dont trois blessés qui se sont donné la mort pour ne pas tomber dans les mains de l’ennemi. Vous pourrez aussi accéder à la grotte des retranchés via un sentier, ce n’est pas très loin.

La nuit, je mens
Cette chanson d’Alain Bashung et de Jean Fauque fait référence au Vercors dès le premier couplet : « On m’a vu dans le Vercors / Sauter à l’élastique ». Mais pourquoi le Vercors ? Pourquoi l’élastique ? Toute cette chanson, sans doute la plus belle d’Alain Bashung, est une énigme. Et pourtant, un voile est levé avec un entretien de Jean Fauque. Le Vercors était un haut-lieu de la Résistance. Les partisans y prenaient le maquis et ils font partie des légendes de la France héroïque pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais parmi les héros véritables, il y avait aussi les autres. Les opportunistes de la dernière minute, ceux qui veulent récrire l’histoire. Et le type de la chanson, qui ment à sa jeune amante dans l’espoir de la retenir en lui racontant de faux actes d’héroïsme. Finalement, la signification était dans le titre ! Tout simplement !

C’est dans une prairie toute proche que nous allons établir notre pic-nic : pain, saucisson, fromages, tapenade, fruits et même du vin apporté par Maxime ! Je pense que les repas en pleine nature vont vite devenir une de mes activités favorites. L’humeur est joyeuse, détendue et la nourriture disparaît à la vitesse de l’éclair. Comme tout le monde a besoin d’un peu de repos, et notre mule aussi, on prend le temps de faire une petite sieste dans l’herbe. étrangement, c’est le moment qu’on choisit les marmottes pour sortir. Et je peux vous le révéler : pas de traces d’emballage d’un quelconque chocolat (mais c’est peut-être caché dans leurs terriers).

Je serai bien restée encore un peu plus longtemps allongée là mais il faut bien arriver au lieu du bivouac avant une certaine heure, histoire que la nuit ne nous surprenne pas. Je reprends donc mes bâtons ainsi que mon courage et continue mon combat contre moi-même.

Vers le bivouac de Pré Peyret

Bien que normalement plus plate, cette partie m’est apparue plus pénible. Il y a pas mal de cailloux, ce qui rend la marche pas forcément agréable. Je peine un peu voire même beaucoup et quand une montée un peu plus conséquente que les autres me coupe les jambes quelques instants, j’en ai les larmes aux yeux… de colère contre moi qui me suis bien laissée aller depuis un moment. Alors, je mords sur ma chique, je me redresse et je continue. Je fixe mes pieds pour continuer, pas après pas. Quand nous rencontrons un plat, j’accélère le rythme. Néanmoins, je suis bien à l’arrière du peloton, ce qui a quand même son avantage. Celle de se sentir un peu seule monde. Je ne crains pas de me perdre, la randonnée est populaire et on voit bien le sentier à suivre. Je sais qu’à un moment, le reste du groupe s’arrêtera pour que je les rejoigne mais cette sensation d’être seule me donne irrésistiblement envie de prendre mon temps. De marcher lentement, de prendre des photos, de me poser pour réfléchir devant un paysage… mais non, d’autres personnes m’attendent alors je continue, tête baissée, en contrôlant ma respiration. Enfin, alors que le soleil commence à baisser, nous arrivons sur notre lieu de bivouac : le Pré Peyret.

Le Pré Peyret est une grande étendue herbeuse, parfaite pour y planter sa tente. Ceux qui n’en n’ont pas peuvent soit bivouaquer, soit se réfugier dans la cabane aménagée en dortoir et pourvue d’un poêle. En plus, il y a également une petite source qui permet se réapprovisionner en eau. Mais j’y reviendrai plus tard !

Pour le moment, l’heure est venue de décharger Souka. Pendant que Maxime s’occupe de la mule, Alexandre nous met au travail : on va faire la tambouille du soir et rien de plus réconfortant qu’une bonne soupe de légumes agrémentée de lardons. Chacun a sa tâche et moi, j’ai tiré le jackpot (ou pas) puisque me voilà de corvée patates. Pendant que chacun s’affaire, on papote, on échange… Ça rassure de voir qu’une bande de geeks coupée de tout réseau sait revenir à l’essentiel. Gaëlle et Jeremy sont même partis à la cueillette aux myrtilles, histoire d’améliorer le dessert qu’Alexandre a prévu. Je n’ai même pas le temps de finir de découper mes pommes de terre que la première bouteille de vin est débouchée. Les tranches de baguettes, de fromages et de saucisson sont découpés, les pots de tapenade diverses sont ouverts, c’est un festin qui n’attend que d’être englouti ! Et après la soupe, c’est une fondue au chocolat qui est prévue. Je suis repue mais me laisse tenter à tremper quelques myrtilles dans le chocolat. Une fois sorti de la casserole, il se solidifie quasi aussitôt et quand on les croque, les myrtilles explosent en bouche, mêlant leur goût fruité à la puissance du chocolat. C’est le bonheur ! Un bonheur qui serait sans nuage sans la préoccupation de l’eau. La source coule mais son début est presque à la vitesse de larmes qui couleraient sur une joue. J’exagère à peine. La file est donc longue à la source pour remplir ses gourdes, bidons et bouteilles, d’autant plus que le Pré Peyret est très fréquenté étant donné que la randonnée pour y accéder est plutôt facile. Outre un groupe de jeunes en colonie de vacances, il y a aussi pas mal de familles. On papote donc en attendant son tour. Pour la plupart, ce sont des randonneurs convaincus qui viennent dans le coin, certains faisant des treks de plusieurs jours. Pas mal !

Le soir commençant à tomber, j’installe ma tente, au cas où. Nous avons entendu des coups de tonnerre mais les nuages de pluie semblent se cantonner dans un coin du ciel et glisser parallèlement à notre emplacement mais sait-on jamais ? J’ai quand même bien l’intention de bivouaquer ! Finalement, le soleil se couche et tout le monde se disperse pour aller profiter du soleil couchant. Les herbes se parent d’or et de bronze, l’air commence à devenir frais, la nature se calme soudainement… Puis viennent les premières étoiles ou plutôt planètes, puisque c’est Vénus qui brille en premier. Même à l’œil nu, on peut voir son croissant, comme une lune en miniature. C’est elle qui ouvre le bal des luminaires. Jupiter est là aussi. Pas de Mars, malheureusement. En tout cas pas à cette heure par contre, nous avons une vue imprenable sur la constellation du Scorpion qui se lève. On ne peut pas louper ses étoiles en éventail et l’astre qui forme son cœur, Antares, une étoile rouge. Enfin, c’est la Voie Lactée qui apparaît une fois la nuit bien installée. Nous décidons donc de faire des photos de nuit. Sauf que de mon côté, mon appareil photo est resté allumé sans que la sécurité ne l’éteigne et mes batteries sont quasi à plat. Je n’aurais le temps que de faire une photo du ciel étoilé. Pour la passionnée d’astronomie que je suis, ma frustration est à son comble ! Le temps passe vite et il est déjà 23 heures quand nous décidons d’aller nous coucher. Nous sortons nos tapis de sol, nos sacs de couchage. Bivouac obligé, afin de préserver nos duvets de l’humidité, nous nous emballons dans une bâche. Nous voilà prêts pour la nuit. Je reste un long moment sur le dos, le visage dépassant de mon duvet, à regarder le ciel qui brille de milles feux, à sentir le vent de la nuit sur mes joues. C’est le plus joli ciel de lit qu’il soit donné d’avoir !

Pour aller plus loin
Comment rejoindre le Trière ?

Je ne vais pas te le cacher, Lectrice, Lecteur, se déplacer dans le Trièves et a fortiori dans le Vercors sans voiture, ce n’est pas facile néanmoins, il y a moyen !

Depuis Bruxelles, un TGV et un TER nous ont emmenés à Grenoble en une matinée (partis vers 7h, nous sommes arrivés à 13h, pas mal, non?). De là, prendre soir un bus Transisère 4500 vers Mens et Monestier de Clermont ou un train pour ces mêmes destinations. Après, il vous faudra un taxi pour rejoindre votre destination finale. Les plus courageux iront à pied. Le Mac Monteynard par exemple, est à une heure marche de Monestier.

Cet article est écrit dans le cadre d’une coopération avec Inspiration Vercors et leurs partenaires : Trièves Tourisme, Vercors Drôme, Autrans Meaudre Tourisme, l’Office de Tourisme de Corrençon-en-Vercors et Tourisme Saint-Marcelin Vercors Isère.