Il fallait bien que cela arrive ! Nous avons eu trop de chance avec la météo depuis le début de ce séjour aux Îles Shetland. Alors que nous allons rejoindre l’île de Yell et retourner vers Mainland, un ciel lourd et bas s’est déployé sur l’archipel. Soudain, nous voilà transportées en plein automne… et nous sommes justement le 1er septembre, c’est comme un drôle de signe du destin. Après un solide petit-déjeuner, on repartons manger du bitume, direction le sud, et prenons congé de Unst, qui restera une de nos étapes préférées.

Sur le ferry, je peux enfin mettre à l’épreuve mon beau bonnet en pure laine des Shetland : le vent souffle, l’écume vole dans tous les sens mais moi, j’adore être dehors quand on est en mer, les oreilles bien au chaud dans de la laine qui gratte ! C’est juste un peu dommage que la traversée ne dure pas trop longtemps.

Sands of Breckon, sable magique

Yell est une île doucement vallonnée, moins spectaculaire que ses sœurs de Mainland et de Unst, elle a quand même le privilège de compter une des plus belles plages des Shetland (et ma préférée) : Sands of Breckon, une large plage de sable doré encadrée par des dunes couvertes de plantes à fleurs. Il en reste quelques-unes mais j’imagine qu’en plein cœur de l’été, ces grandes fleurs blanches qui se détachent du vert foncé des plantes avec une mer turquoise en arrière-plan fait son petit effet. Déjà sous un ciel gris, c’est tout simplement magnifique. Même les couleurs de l’eau arrivent à ressortir sans le soleil pour les illuminer. On peut facilement y faire quelques randonnées. Le lieu est connu pour la richesse de sa flore mais aussi, parce qu’on peut y trouver des restes des différentes civilisations depuis l’âge de fer. On y même trouvé de la monnaie romaine ! Vous risquez aussi de tomber sur l’une ou l’autre faeries. Comme tu peux le voir, Lectrice, Lecteur, j’ai débusqué la porte d’une de leurs maisons. Malheureusement, personne à l’intérieur. Ou peut-être n’ont-elle pas voulu m’ouvrir. 😉

Yell, havre d’artistes et d’artisans

Ce qui frappe quand on roule à travers Yell, c’est la vibration assez rurale qu’elle donne. On dirait qu’ici, on est plus fermier que marin et pourtant, c’est une des îles les moins cultivées des Shetland. Par contre, on est aussi artistes et artisans, comme nous allons le découvrir à Sellafirth.

C’est ici que s’est installée Shona Skinner et son mari en 2010. Une partie de la famille de Shona est issue des îles du nord des Shetland et après y être venu plusieurs fois, le couple décide de s’installer et de monter une galerie qui exposerait les artistes et artisans locaux. En 2012, « Shetland Gallery » ouvre ses portes. Et devinez quoi ? C’est la galerie d’art la plus au nord du Royaume-Uni (on commence à avoir l’habitude). Dans l’espace d’exposition, la part belle est faîte aux peintures, qui représentent souvent les paysages d’ici, la mer, les falaises, des cieux tourmentés, les maisons traditionnelles et les ruines, le tout dans les tons sourds qu’on retrouve partout aux Shetland : le vert de la mousse, le bleu marine de la mer, tout le nuancier de gris possible, et quelques fois un peu de jaune. Mais on y trouve aussi des artisans du textile, des bijoutiers, et même un ébéniste. Shona elle-même est une artiste. Ancienne prof, elle peint mais réalise aussi des œuvres en broderie qui ressemble à des peintures texturisées.

Juste à côté, c’est un homme au parcours tout aussi étonnant qui s’est fait une place dans le monde du textile : Andrew Ross. Andrew a grandi au Zimbabwe. Passionné de musique et de textiles, sa vie l’a amené ici, au Shetland, et plus particulièrement à Yell. Outre le fait qu’il soit prof d’art et de musique, Andy est à la tête d’une association, Global Yell, qui fait la promotion du textile shetlandais, mais aussi de la conservation, de l’échange, des ateliers, et même des visites guidées sur ce thème précis. Son autre bébé, the Shetland Tweed Company, est son entreprise de création de tweed et je peux vous dire que son tissu est de toute beauté. Moi qui ne suit pas trop fan de ce genre de tissu, j’avais envie d’acheter la moitié du magasin (mais du beau tweed, ce n’est pas donné, autant le savoir).

The Yell Show, l’île en immersion

Ce que nous ne savions pas, c’est que ce samedi est un jour assez particulier à Yell : c’est la foire agricole : le Yell Agricultural Show. Ces foires se tiennent partout dans différents endroits des Shetlands d’août à début septembre, Yell concluant le cycle.  Shona nous ayant fortement recommandé d’y passer, on ne va pas se priver.

Et en effet, il y a foule ! Je n’ai jamais vu autant de voitures au Shetland, ni autant de gens, de tous âges avec tous comme point commun, d’être venus avec des bottes. La première chose que l’on voit, ce sont les animaux. C’est vraiment un show à l’ancienne où les plus beaux spécimens des animaux des fermes de Yell sont exposés : moutons, poneys, lapins, canards, poules… dont on peut distinguer les vainqueurs à leurs rosettes tricolores. Ce n’est pas la partie que je préfère puisque les animaux sont enfermés dans des enclos parfois petits mais au moins, personne ne les embête.

Dans plusieurs bâtiments, on a réparti différentes sections des prix à attribuer. Dans le premier, sont exposés les plus beaux légumes : carottes, pommes de terre et surtout des choux gigantesques ! A côté de tout çà, trônent les fiers maraîchers, ou jardiniers du dimanche pour discuter avec ceux qui viennent prendre conseil pour faire grandir leurs légumes de la même façon. D’autres yeux experts jaugent les d’énormes poissons… mais ce n’est pas la partie qui aura attiré notre attention.

Le hall qui déchire tout, c’est celui de l’exposition de pâtisseries. Tout est classé par catégorie : cupcakes, gâteaux classiques, fantaisies… et là, on est dans un monde aussi coloré que rigolo. Les cupcakes rivalisent en montage mais la section la plus intéressante, c’est celle des gâteaux fantaisies où les pâtissiers/ères ont laissé court à leur plus folle imagination. Un nounours (recouvert de granulés de chocolat pour représenter les poils) qui sort de sa boite ? Check ! Une Barbie dans son jacuzzi (avec des billes de sucres pour figurer des bulles ? Check ! Une maison viking ? Encore check ! C’est simple, j’ai l’impression d’être en plein tournage du « Meilleur pâtissier », puissance mille.

The Old Haa, la Yell d’antan

Il pleuvine doucement quand nous remontons à bords de Titinne et continuons vers le sud pour notre dernier arrêt à Yell : the Old Haa.

The Old Haa est une magnifique maison du XVIIIème siècle. Construite par Robert Tyrie, un marchand, elle a gardé une vocation commerciale et à même servi à des marchands de la Ligue Hanséatique. En 1984, elle est achetée par le Shetland Amenity Trust à condition qu’elle serve à tous les habitants de Yell. Elle est donc devenue un musée d’histoire de l’île. Elle est divisée plus ou moins 3 parties : une partie histoire au rez-de-chaussée, une deuxième à l’étage, une partie histoire naturelle et une autre consacrée à l’artisanat de Yell. Evidemment, tout ce qui a trait à la mer est présent, mais aussi des horizons plus lointains fréquentés par les marins de l’île, notamment les baleiniers qui menaient campagne en Groenland ou dans l’Océan Austral. Dans la salle d’histoire naturelle, on trouve un morceau de mâchoire d’une baleine tandis que la salle «historique à l’étage nous plonge plutôt dans le monde du quotidien de Yell, les magasins locaux, l’école, les fêtes comme les mariages… Pour couronner le tout, le musée à un joli tea-room, pourvu d’une cheminée. Vraiment chaleureuse et parfaite pour faire une pause par contre, ils n’acceptent que du cash… nous n’avons donc pas pu profiter d’une bonne tassé de thé, vu que nous étions à court de liquide ! Dommage, et c’est en ligne droite, sans nous arrêter, que nous roulons vers le point d’embarcation du ferry et traverser le Yell Sound pour retourner sur Mainland. Ça sent la fin de séjour.

Retour à Mainland, au Shetland Textile Museum

Avant de terminer cette journée de visite, et très axée artisanat, nous allons visiter le Shetland Textile Museum, un peu le joyau de la couronne de ce qui se fait en la matière dans les îles : des pulls en Fair Isle, du tweed, de la dentelle… Premièrement, le musée n’est pas installé dans n’importe quel bâtiment mais dans un böd, un ancien poste de pêche restauré pour l’occasion. Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le textile, depuis le processus de fabrication des pelotes, jusqu’au produit fini et comme le musée possède une collection qui remonte à 1870, on peut même se faire une petite histoire de la « Shetlandic Fashion ». On peut même y trouver des tricoteurs et tricoteuses en plein travail. En plus de ses collections, la boutique du musée propose aussi un assortiment de pulls, couvertures, tweed, issus de différents grands noms des Shetland. Donc, si vous n’avez pas le temps d’aller courir les boutiques aux quatre coins des îles, c’est un bon compromis.

Un long au revoir aux Îles Shetland

Le lendemain, nous avons une matinée complète pour faire nos au revoir aux Shetland, nous allons donc prendre notre temps pour descendre le long de la côté sud de Mainland. Nous allons prendre le temps de dire au revoir au jeu d’ombres et de lumière sur les collines et la mer. Dire au revoir à ses superbes plages qu’on compte par dizaine en allant voir celle de Scousburgh Sands, que nous avions aperçue de haut le jour de notre arrivée. Dire aussi au revoir à la faune des îles puisqu’à peine arrivées sur cette plage, toute une bande de phoques gris sont venus nous faire la fête et à surfer dans les vagues. Je ne sais qui regardait qui, mais on aurait juré qu’ils redoublaient de présence rien que parce que nous les observions. Un véritable festival de mignonitude marine ! Notre seul regret aura été de ne pas avoir croisé de poneys, un comble pour notre voyage #onnepeutpasonaponey ! Enfin, nous prendrons congé de son patrimoine à l’Old Scatness Broch, un site archéologique, qui malheureusement n’ouvre que les vendredis de la saison touristique.

Un long adieu bien nécessaire pour un séjour qui nous a mis à Emma, Sophie et moi des étoiles plein les yeux. Ce petit bout de Royaume-Uni loin dans le nord est une terre attachante, fascinante et je comprends tellement tous ceux qui y sont venus et ont décidé de rester. C’est très vite que nous les perdons de vue, depuis notre petit avion mais il me reste un peu comme un goût d’inachevé. L’envie de découvrir Fair Isle mais aussi Foula, les deux îles les plus isolées, mais pas que. Je suis certaine que comme Emma, Sophie et moi, les Shetland vont devenir pour vous synonyme de liberté.  

Vous n’en n’avez pas encore eu assez ? Un carnet de bonnes adresses aux Shetland suivra très bientôt !

Pour aller plus loin

Comment rejoindre Yell 

En voiture : Depuis Lerwick, il faudra tracer vers le nord et le port de Toft pour prendre le ferry pour l’île de Yell.  Il existe deux horaires : un d’hiver et d’un d’été mais achetez que si vous prenez les premiers ou les derniers ferries de la journée, il faudra les réserver à l’avance. Une réservation est plutôt recommandées en été car la capacité des ferries peut-être limitée.  

Plus d’information sur les horaires via :  https://ferry.shetland.gov.uk/booking/web100.asp

En bus

Vous pouvez rejoindre Yell en bus depuis Lerwick du lundi au samedi. Le départ est à 14h25 (14h10 le samedi), à la Viking Bus Station (le début de la ligne se situe au niveau du grand magasin Tesco). Le trajet comprend le passage en ferry jusqu’à Yell. 

Il existe aussi une ligne de bus qui dessert Yell entre les deux terminaux de ferry et traverse toute l’île, de Cullivoe en passant par Mid-Yell et Sellafirth, le service 24Y.

Plus d’information sur : http://travel.shetland.org/desktop_bus_timetables.php 

Vous trouverez plus d’information sur  Visit Shetland.

L’opération #Onnepeutpasonaponey a été réalisée avec le soutien de Visit BritainCarigami et Logan Air. Les opinions de l’auteure lui restent propres.
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