- Socora , Moldavie -

September 2011

Ivresse moldave : Ballade vers le nord

Cet article est le 2e de la série qui parait dans le cadre du Pari de Méli!

Je m’étais dit que j’allais me lever selon mon bon vouloir… Il me semble que mon esprit avide d’aventure à une emprise sur même la fatigue ! A 8 heures, je suis debout, une demi-heure plus tard, je suis dans la salle du petit-déjeuner et encore 20 minutes après, me voilà à l’arrêt du tram-maxtaxi pour attendre le premier moyen de transport qui m’emmènera vers l’Autogara de Nord et Soroca, à la frontière ukrainienne. Avant-hier, je ne savais rien de Soroca. La décision s’est finalement prise hier soir, alors que j’essayais de savoir ce que j’allais faire dans les quelques jours impartis en Moldavie. Il y a bien quelques lignes de train mais j’ai bien vite découvert que le moyen le plus efficace de se déplacer en Moldavie, c’est le minibus. Il y en a tellement qu’il faut trois gare routières pour les répartir. Les destinations vers le nord du pays sont, évidemment, pris en charge par la Gara de Nord. Les maxitaxis sont bons marchés et fréquents. Ils ont généralement une heure de départ mais s’il n’est pas rempli, ils attendront  encore une petite dizaine de minutes pour essayer de faire le plein. On paie son ticket au comptoir, ou au chauffeur lui-même (dans ce cas-là, essayez de vous assurer d’avoir des petites coupures en fait non…  j’ai vite appris qu’il valait mieux avoir des petites coupures dans tous les cas). J’embarque… c’est parti pour près de 3 heures de tape-fesses. Les routes moldaves ne sont pas dans un très bon état et le minibus n’est pas de la première jeunesse ! Très vite, une fois quitté Chișinău, on se retrouve en rase campagne. C’est que la capitale en est l’unique grande ville (si ce n’est Tiraspol, mais qui est capitale de la république sécessionniste de Transnistrie) et la Moldavie est faite essentiellement de village ou de petites villes. Un paysage fait de collines cultivées, de vignes et de petits bois se déroule devant mes yeux de façon ininterrompue.  Le long du chemin, le minibus s’arrête, soir pour faire descendre des passagers, soit pour en prendre. Quelque fois à des carrefours au milieu de nulle part ! Je vois un jeune garçon descendre, puis courir après une voiture en levant le pouce. L’automobiliste l’embarque. Ici, on peut encore faire de l’auto-stop sans arrière-pensée et sans trop attendre d’être aidé !  Bientôt, j’aperçois les premières charrettes à chevaux, tirées par de belles bêtes la plupart du temps blanches… Et pendant que je me perds en contemplation, c’est mon dos qui commence à sentir la route.


Nous y voilà ! Un snack-buvette, les inévitables kiosques qui vendent de tout et derrière, le parking. Voilà la gare routière de Soroca ! Je sors mon smartphone… Il y a du Wi-Fi… et ouvert ! Il faut marcher un petit kilomètre en ligne droite pour atteindre le centre-ville. Je me mets donc en route ! Le temps un peu gris de ce matin a eu tôt fait de dissiper en chemin. Il fait chaud…. Très chaud mais le long de la « rue de l’Indépendance », les marronniers protègent les promeneurs pourtant, l’automne est un plus avancé ici ! Les bogues sont déjà quasi toutes tombées et les feuilles déjà brunies tombent petit à petit… Je retrouve les mêmes petites maisons à un étage que j’ai vues dans les rues de Chisinau, alignées sagement derrière leur rangée d’arbres puis enfin, le « centre-ville » et un parc. ET devinez quoi ? Du Wi-Fi ouvert, cadeau de la municipalité ! Je n’ai jamais vu un pays aussi bien couvert ! Je m’arrête quelques instants pour regarder les passants. Soroca, c’est la « capitale des tsiganes moldaves ». Sédentarisés depuis des siècles, depuis l’ouverture des frontières, ils viennent travailler à l’ouest et avec l’argent gagné, se sont construits de petits palais dans leurs quartier, tout à côté de ce qui fait l’attrait de la cité : sa citadelle fortifiée ! On y accède via un joli parc… J’y vois un restaurant où j’irai sans doute faire un tour après mon exploration. Plantée face au Dniestr et à l’Ukraine, la citadelle domine le fleuve de sa belle masse harmonieuse. C’est Stefan cel Mare (encore lui) qui la fit construire.

Finalement, la citadelle qui devait être ouverte tous les jours sauf le lundi, ne l’est qu’à partir du mercredi… Bon… ça laissera plus de temps à la promenade. Au-dessus des arbres, j’aperçois les tuiles toutes neuves d’une maison énorme en fin de construction. Ce n’est pourtant pas ce fameux quartier tsigane ! Je parcours les rues puis les sentiers de terres battue… J’y trouve des petites maisonnettes entourées de leurs jardinets et des demeures palatiales (comparées aux maisons) à divers stade de construction. A côté de Ladas ou de vieilles Golfs, des Mercedes ou des BMW’s… Mais étrangement, quasi personne ! De temps en temps, j’entends de la musique venant de l’intérieur ou d’un garage, croise une voiture qui passe, me fait aboyer dessus par un chien mais de gens, point !

Je tombe sur le poste de douane, juste à côté d’un embarcadère. Il y a donc un bateau qui ferait le lien entre la Moldavie et l’Ukraine ? Pourtant, le Dniestr n’a pas l’air très profond ! Il commence à faire faim, je me dirige donc vers le restaurant. Pas de chance ! Seul le bar est ouvert ! Je commande donc une bière (qui m’arrive en bouteille d’un demi-litre) et un paquet de pop-corn.  Plutôt que roumano-moldave, à Soroca, la population a plutôt l’air d’être russe ou ukrainienne… du coup, je ne sais trop quel langue utiliser ! Je prends mon temps pour finir ma bière… Plus que tout, j’ai le sentiment d’une ville alanguie, ou la population, comme ces jeunes filles qui sont également à la terrasse et au bar, ont l’air de n’ennuyer ferme ! Pourtant le Dniestr est bien joli avec ses flots bleus et ses près vers en bords de rivière ! D’ailleurs, je ne résiste pas au plaisir d’une longue promenade !  Sur la berge ukrainienne, des vaches paissent tranquillement, des deux cités de la rive, des pêcheurs torses nus sont soit pensifs, soit endormis derrière leur canne à pêche. Une quiétude hypnotique et prenante… J’aurai presqu’envie de me laisser tomber moi aussi sur un carré d’herbe, ou de me baigner… mais je n’ai pas de maillot de bain !

Au lieu de cela je m’approche de la rivière et vais tremper mes mains dans l’eau pour me rafraichir…. Ce qui fait fuir une multitude de tous petits poissons ! Une vraie débandade généralisée ! Derrière un rocher, une silhouette se montre. C’est un pêcheur qui vient voir ce qui cause tout ce « raffut ». Un monsieur assez âgé qui commence à me parler dans une langue indéfinie (probablement du russe ?). Je lui fais comprendre que je ne comprends pas. Il a l’air de vouloir me demander ce que je fais ici. J’essaie de lui faire comprendre que je suis en promenade et que je trouve le fleuve joli. Il me montre le fleuve en riant puis veut savoir d’où je viens… et comment je m’appelle. Il a compris, je lui sers la main, il se présente mais il a dit son prénom tellement vite que je ne l’ai pas compris. Derrière le rocher, son compère l’appelle d’un ton bourru, comme s’il lui reprochait de m’embêter. Je fais signe que je vais continuer mon chemin, les salue et retourne vers la ville.

Le soleil décline déjà et dans les rues, des enfants en uniformes s’en retournent chez eux. Je n’ai pas fait ni vu grand-chose et pourtant, la fin de l’après-midi est déjà là ! Et zut ! Pas le temps d’aller voir la « Colline aux gitans », une des raisons de ma vue avec la Citadelle ! C’est qu’à 20 heures, le soleil se couche déjà sur la Moldavie. Je rejoins donc d’un pas paresseux la gare routière. Justement, un bus est prêt à rentrer à Chisinau. J’embarque, je paie… le bus démarre cinq minutes plus tard. Je bénis Mercedes et ses suspensions ! J’arriverai presque à m’endormir avec ses soubresauts si bien amortis. Le bus est rempli d’écoliers qui rentrent dans leurs villages mais aussi, d’une jeune bénévole américaine qui semble s’occuper des enfants d’un village. Ce ne sera pas la dernière que je croiserai dans ce périple ! Pendant que le soleil rejoint l’horizon, nous dépassons un cheval blanc, parti au petit trot avec dessus, un petit garçon tout blond, qui n’a pas l’air d’avoir plus de dix ans, fièrement installé sur sa monture sans selle… Pendant ce temps, dans le bus, “Rrrrrradio Rrrrruskaya” passe un morceau mélancolique dont je ne peux qu’apprécier la musique…

 

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