Nous sommes en début de soirée et je me tiens à la rambarde d’un bac qui fait la navette entre les deux rives d’un grand fleuve. L’air est doux, les couleurs pastels d’un soir un peu nuageux teintent le ciel et l’eau, près des papyrus, j’observe quelques étranges bulles d’eau… Ce fleuve, c’est le Nil… et pourtant, je ne suis pas en Egypte. Ces bulles d’eau, c’est ce qui trahit un hippopotame qui ne va pas tarder à faire surface. Je suis en Ouganda, pas très loin de l’entrée de Parc de Murchinson Falls et si on m’avait dit un jour que la première fois que je verrai le Nil serait en Afrique sud-saharienne, je ne l’aurais jamais cru !

Et pourtant j’y suis… L’Ouganda, un pays qui charrie à la fois une mine de clichés mais qui reste à la fois très méconnu. Même pour moi qui me targue d’être un minimum curieuse. Demande à un quidam où se trouve ce pays, Lectrice, Lecteur, il y a de fortes chances que tu obtiennes une moue d’ignorance en retour (entre le Soudan du Sud, Kenya, la Tanzanie, le Rwanda et le Congo, en Afrique équatoriale).

Les plus âgés, les mieux éduqués et les cinéphiles te mentionneront certainement Idi Amin Dada, le sanguinaire dictateur (joué à la perfection par Forrest Whitaker dans « The Last King of Scotland ») et évoqueront la guerre civile.

Si tu mentionnes que tu vas là-bas, on te demanderas certainement si c’est bien prudent.

Quant à moi, je m’imaginais un pays essentiellement recouvert de la forêt équatoriale, ce deuxième poumon vert de notre bonne vieille Terre après la Forêt amazonienne. Comme j’avais tort !

En tapant ces quelques lignes, et en essayant de remettre mes idées en place, je me retrouve encore dans notre camionnette, ce premier jour complet où nous n’avions fait que conduire. Le corps fatigué par le long vol de la veille et une très courte nuit mais l’esprit maintenu en éveil grâce à l’adrénaline et le spectacle permanent qu’offre les routes d’Ouganda.

Il avait d’abords fallu s’extraire de Kampala, la capitale. Kampala, c’est LA ville africaine : des gens partout, des véhicules partout (dont les fameuses boda-boda), des embouteillages monstres et la pollution qui va avec. Ce matin-là, les Kampalais sont de deux sortes : les gens pressés qui se rendent au travail ou à l’école, les vendeurs de rue qui s’affairent et les autres, presqu’immobiles. Le chauffeur de boda-boda qui attend un prochain client en somnolant, les vendeurs de journaux… et d’autres dont on ne sait pas trop ce qu’ils font. Ils sont juste là, à profiter du spectacle de la vie urbaine.

Une fois en dehors de la ville, sur une route goudronnée, nous allons apprendre à connaître un paysage qui va vite nous devenir familier : les petites villes et communautés qui se sont développées le long des routes, aux maisons presque toutes semblables et peintes aux couleurs des sociétés qui ont payé pour le service (les compagnies de télécom, de produits alimentaires…) ce qui fait des villes et villages ougandais une suite quasi ininterrompue de panneaux publicitaires ; les enfants en uniformes qui vont et reviennent de l’école en souriant et en faisant de grands signes (on va vite se familiariser avec le terme « muzungu » « blanc», mais l’expression est étendue maintenant à tout étranger), les adultes au regard plus méfiant, les routes qui se transforment en pistes de terre rouge comme de la rouille… « Vous ne dormez jamais ? » s’exclame l’un d’entre nous lors des nombreuses heures de routes que nous aurons avalées. Comment dormir quand chaque kilomètre est un enchantement ? Même les plus difficiles. Il n’y a pas que les bords de route qui fascinent, il y aussi des paysages que je n’imaginais pas aussi variés : savane, grands lacs et fleuves, collines recouvertes de plantations de thé, hautes montagnes perdues dans la brume… Il ne manque que la mer dans ce pays enclavé, mais le Lac Victoria, le plus grand lac d’Afrique, peut faire illusion.

Nous allons aussi apprendre à connaître un peu les Ougandais. Un peuple multiple, aux cultures et langues multiples qui pour communiquer ensemble, utilisent des langues qui ne leur sont pas propres, l’anglais et le swahili. Ouverts, accueillants et d’une grande douceur. Tellement doux quelque fois qu’il faut tendre l’oreille lorsque l’on converse. Et des Ougandais (et expats vivant en Ouganda depuis des années) extraordinaires, on en a rencontré. Tu apprendras aussi à les connaître, Lectrice, Lecteur, au fur et à mesure des articles qui suivront ces prochaines semaines.

J’espère que je t’ai un peu mis l’eau à la bouche.