Hike to Kirkjubøur |Ce matin là, je me force un peu à me lever… j’aurais bien dormi tout mon saoul dans le délicieux lit que m’a préparé Rakul mais l’appel de l’aventure finit par me réveiller. La veille au soir, nous avons regardé les prévisions météos (c’est une espèce de sport national là-bas)… et elles sont désastreuses!  Aujourd’hui est le seul jour avant la fin de la semaine qui soit à peu près potable pour une randonnée. Je me dépêche de prendre un solide petit-déjeuner avec mon hôtesse et prend la route. Le but de ma « balade » :  Kirkjubøur, un village où se trouve quelques bâtiments historiques… mais ce qui compte le plus, c’est le chemin pour y arriver.

Hike to Kirkjubøur |

Avant de quitter la ville, je m’arrête un moment devant Vesturkirkjan, une église contemporaine dont la structure pointue domine cette partie de la ville. C’est la nuit qu’elle est la plus impressionnante lorsqu’elle est toute illuminée. Je me presse de laisser Tórshavn derrière moi. Dès le ring passé, je me retrouve en rase campagne. Armée de mon guide et de mon smartphone, je passe une ferme comme indiqué, pousse la barrière du champs pour entrer (c’est autorisé) et je me retrouve en pleine nature, avec seuls quelques cairns pour m’indiquer le chemin précis. Cette randonnée, c’est aussi un défi physique (tu trouveras en lien le parcours)…. C’est la première que je fais une marche aussi longue depuis que mon genou est plus ou moins remis… Armée d’un demi-litre de cola zéro et de Tuc’s, je suis prête à m’affronter moi-même!

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Ce qui me frappe une fois que je me retrouve seule, c’est le silence… Pas de cris d’oiseaux, juste le bruit du vent et le crissement de mes pas dans les quelques millimètres de neige qui couvrent la colline.  Ça et le son de ma voix, pour m’encourager. Au début, tout va bien, j’arrive à suivre les cairns qui balisent le chemin sans trop de peine puis tout à coup, plus rien. J’ai bien mon smartphone avec moi, mais la localisation n’est pas hyper précise… finalement, j’arrive à ma première étape : deux étangs peuplés d’oiseaux au sommet de la colline. Comme par magie, un autre paysage se déroule devant moi… je suis de l’autre côté de l’île! J’ai un petit moment d’euphorie : la citadine partiellement estropiée a vaincu la colline! C’est à partir de ce moment que ça se gâte…. et je ne parle pas seulement du temps. En essayant de me réorienter, je finis par me perdre et le ciel que j’avais cessé d’observer depuis une demi-heure prend une allure qui ne me dit rien qui vaille. Il commence même à neigeotter un peu… Que faire? Rebrousser chemin? J’ai bien mon coupe-vent et mes chaussures de rando waterproof mais j’ai aussi un jean.  Finalement, je me décide à continuer! Il n’est pas dit que je ploie devant l’adversité… La température commence à chuter et après 45 minutes, je finis par retrouver le chemin et peux profiter du panorama sur les îles de Koltur, Hestur et de Sandoy. C’est tout simplement époustouflant! Comme pour me récompenser de ma persévérance, la météo semble se stabiliser dans une danse entre neige, brise et bref passage de la lumière du soleil sur l’estuaire qui sépare l’île de Steymoy des 3 autres. Le jeu de lumière sur l’eau est hypnotique! Koltur est toute petite et forme un pic qui semblent surgir brusquement des eaux? Aussi improbable que celà puisse paraître, l’île fut habitée et l’est encore toujours par deux personnes qui y élèvent des moutons! Hestur, elle semble alanguie sur l’eau. Depuis mon point de vue, elle occupe presque totalement mon champ de vision. Une cinquantaine de personnes y habitent et on peut la rejoindre par ferry…  Sandoy, une des îles les plus plates, est au loin, plus grande et un peu perdue dans la brume. Avec ce paysage austère de falaises dénudées , cette météo cyclothymique, ces couleurs délavées et ce vent, impossible de se sentir tranquille. Ce qu’on ressent, c’est une espèce d’énergie furieuse en même temps qu’une tonne de mélancolie. Pendant un moment, le chemin continue sur le flanc de la colline et j’ai tout le loisir de me gorger du paysage. Pourtant, même si je me sens loin de tout, le monde civilisé n’est pas loin. Tout en bas de la colline, plusieurs centaines de mètres plus bas, voilà la route!

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Mon chemin commence à descendre et une bonne demi-heure plus tard après le début de la descente, j’arrive aux première maison de Kirkjubøur. Et là, surprise… je tombe sur l’un des plus célèbre habitants des îles: Trondur Patursson. Artiste contemporain et « personnage » à part entière. Il n’y a pas à s’y tromper! Cette masse de cheveux gris-blanc qui semble n’avoir plus été peignée depuis des semaines… C’est bien lui. J’ai à peine le temps de saluer que le voilà parti dans son pick-up! Je suis soulagée! Me voilà enfin à mon but!!! Kirkjubøur, ouverte sur la mer… quelques maisons, une petite église, un  grand cimetière… et les ruines de la Cathédrale Saint-Magnus, une des plus anciennes des Féroé. Ces ruines sont le seul endroit où il y a un signe de vie: elles sont en train d’être renforcées avec de nouvelles armatures. Quand à la petite église blanche de St-Olav, c’est la plus ancienne encore en activité aux Féroé (elle date du 12e siècle) mais l’un des endroits les plus intéressant à voir, c’est la Roykstovan, la plus vieille maison de bois d’Europe. Propriété d’une branche des Patursson depuis le 16e siècle, on peut en visiter une partie, . C’est bien simple, si personne n’est là, soulevez le loquet, déposez votre aumône pour la conservation du lieu et visitez. J’en profite pour me reposer sur une banquette et me réchauffer. Le temps s’est brusquement complètement couvert et la neige a commencé à tomber! Il y a même des toilettes disponibles (ouf).

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |

Hike to Kirkjubøur |
Hike to Kirkjubøur |

Quand je ressors de la maison,coup de bol, le bus venant de la capitale vient d’arriver. Le chauffeur me renseigne qu’il redémarre dans une demi-heure. Et là, j’avoue, je pousse un soupir de soulagement. Les flocons commencent à tomber dru! Enfin, le chauffeur sort de son local, il me laisse entrer dans le bus: premièrement il doit aller chercher les enfants qui sortent de l’école, les ramener puis il repart sur Torshavn. Heureusement pour moi, les bus de la municipalités sont gratuits… et pourvus du wi-fi! Après un petit tour en compagnie des enfants, après une petite heure, je suis de retour en ville. Je vais me poser quelques instants au Dugni, un café qui sert aussi des tartes, biscuits et vend des pulls et bijoux. Tout doucement, je me réchauffe… et le goût du gâteau aux fraises finit par me réconforter. Je consulte l’heure: à 17 heures, j’ai rendez-vous avec Rakul à la Librairie Jacobsen, ce monument historique dont je vous ai parlé lors de ma découverte de Tórshavn. Et Rakul m’informe: sa sœur, Paulina, est la gardienne de la maison et je vais avoir droit à une visite privée! Woah!

C’est avec la chaleur de son sourire et d’un café que Paulina nous accueille. Elle nous fait d’abords passer par la cuisine, qui a l’air de dater du début du siècle dernier, avant de passer dans le salon, avec son plateau de café et de biscuits. Jusqu’à la mort du dernier propriétaire, Paulina en fut la gouvernante. Ce dernier, fils adoptif de la dernière des Jacobsen, était homosexuel et n’a pas eu de descendance.  La maison passa donc aux mains de la ville à sa mort. C’était aussi un dandy et un voyageur qui aimait collectionner les objets et la maison en est bourrée! Dans le salon, le temps semble s’être arrêté dans les années 30…. tout est en bois, cossu… et je me trouve un peu gauche avec mon gros pull et mon jeans dans cette jolie demeure, à manger mes petits biscuits. D’Asie, d’Afrique, des Amériques, on trouve de tout! Des statues, des vases, une vieille édition d’un livre d’explorateur anglais du 18e qui décrit les îles Féroé… Il y a également un jardin d’hiver et une serre où l’on tentait de cultiver des plantes ayant besoin d’un climat plus chaud. Paulina me fait tester les roquettes de la serre: elles ont plus de goût que n’importe quelle roquette que j’ai pu goûter jusqu’ici! Mes papilles en sont saturées!  Lorsque nous rentrons, Asmundur nous a rejoint et Paulina continue de me montrer la foule de trésors que recèle la maison.

J’ai l’impression d’être plus que privilégiée. Mais Rakul nous rappelle à l’ordre: ce soir, nous avons des invités… et une baleine à manger mais çà, Lectrice, Lecteur, tu en connais l’histoire! ;D

Le set complet de photo de la randonnée se trouve sur Flickr